Jules César et Cléopâtre

 

 Nous sommes en 48 avant JC. Cléopâtre et Jules coulent le grand amour en Egypte ...

 

Cette saynète a été réalisée il y a plusieurs années par Adriano Laruccia pour la marque EMI. Elle est aujourd'hui assez difficile à trouver, la marque ayant disparu. 

 

Grâce à un camarade de forum qui l'avait dans son armée grise, j'ai réussi à me la procurer ... et au travail !


La photo ci-dessus est celle qui illustre la boîte EMI, qui renferme tous les éléments de décor visibles sur cette image. EMI était une marque généreuse ... comme les formes de Cléopatre sculptée par A. Larrucia ! Une de ses très rares figurines féminines.

 

Une nombreuse documentation, présentée sous forme de cartes postales, est également fournie.

 

Le décor, un sol en dallage, de très grandes dimensions : 10x10 cm, ce qui nécessiterait un socle hors norme.

 

J'ai préféré "élaguer" un peu tout cela pour recentrer l'action autour des deux personnages principaux. César sera placé en retrait, regardant Cléopatre qui va se saisir des cadeaux qu'il vient de déposer sur le meuble au premier plan. La difficulté consiste à réussir à placer César pour saisir l'instant où il regarde sa belle. Une légère reprise de l'orientation de la tête y suffit, le regard sera placé en coin.

A titre indicatif, comparaison entre la base fournie dans la boîte et la surface beaucoup plus modeste de mon décor (5x5 cm).

Les deux personnages en situation.

Et en gros plan la perspective est intéressante, malgré deux plans de joints bien visibles (à ce stade, les bras de César et la tête de Cléopatre sont encore amovibles pour faciliter la peinture). 

Il ne reste qu'à placer quelques couleurs ... 

15 août 2015


Comme on peut le deviner sur l'une des vues qui précèdent, le sol est réalisé avec un morceau de carte plastique gravé pour représenter un dallage puis découpé à la taille du socle. Le principe est décrit ici.


Un travail de peinture en trompe-l'oeil, fort agréable, permet ensuite d'obtenir un beau marbre rosé avec une bande de cabochons noirs et blancs. 

Parmi les multiples accessoires fournis dans la boîte, j'ai récupéré ce qui semble être un coffre pour le transformer en un meuble bas. Il suffit de fabriquer le plateau du dessus du meuble avec un morceau de carte plastique.


Ce meuble est ensuite peint en bois naturel, puis décoré avec de petits motifs évocateurs de l'Egypte, puisque la scène se passe dans le palais royal des Ptolémée, à Alexandrie. Les panneaux devant être décorés sont tout d'abord peints en marron très sombre. Puis les motifs sont mis en place à main levée, avec de la peinture couleur chair un peu étendue au WS sur la palette.

Après réflexion, pour renforcer le caractère intimiste de la scène, j'ai refermé partiellement l'arrière plan en ajoutant une colonne en résine provenant de ma réserve de pièces détachées.


Pour que cette colonne puisse prendre place sur le décor, elle a été découpé en deux dans le sens de la longueur. Une peinture imitant la texture du marbre termine le travail, peinture volontairement assez terne s'agissant d'un élément d'arrière plan.

Jules César

 

César porte sa tenue traditionnelle : une cape rouge, une armure en bronze ornementée de motifs en reliefs, des ptéruges blanc cassé bordées de rouge ... L'ensemble doit être très propre, il n'est pas sur un champ de bataille (quoique ?) !


La mise en couleurs en 2 étapes successives. 

Avant de mettre les bras en place, il est nécessaire de bien avancer la peinture du visage, qui sera moins  accessible par la suite. C'est par ici, avec un tout petit tuto.

Les bras, qui ont ébauchés séparément, sont mis en place et les opérations se poursuivent : peinture des bottes en rouge sombre, reprise de la carnation ... 



César est presque terminé.


Presque car la cape s'obstine à garder une certaine brillance. Il va donc falloir sortir le vernis mat pour corriger cela. 

 

J'utilise du vernis mat à tableaux de chez Sennelier, qui se pose en deux ou trois couches, un peu diluées avec de l'essence de térébenthine.


Le résultat est excellent, mais attention, ce vernis s'utilise exclusivement sur de la peinture parfaitement sèche. Donc attendre une bonne semaine avant la pose. 

La pièce à ce stade. La cape a reçu sa première couche de vernis. Il reste encore des traces de brillance qui disparaîtront avec les 2 couches suivantes.

 Et le visage en gros plan.



Les éléments de décor sont alors mis en place, aussitôt rejoints par Jules César qui va devoir patienter un peu avant l'arrivée de Cléopâtre qui se fait belle ...

Cléopâtre

Gardons en mémoire que lorsque César rencontre Cléopâtre à Alexandrie, en 48 avant JC, celle-ci a à peine 20 ans, alors qu'il en a plus de 50 ... Ces 30 années de différence d'âge ne vont pas les empêcher de couler le grand amour ! Il convient néanmoins d'introduire un contraste fort entre le vieux général et la séduisante jeune femme, avec son visage tout en finesse ...


Largement masquée par la colonne, la cape sera toute simple. J'ai choisi une couleur sombre pour mettre en valeur les formes de la belle et la blancheur de sa robe.

 

Cléopâtre est restée dans l'histoire comme une grande séductrice. Une robe translucide, comme l'aimaient les égyptiennes, sera donc tout à fait appropriée.

 

Oui, mais comment restituer la transparence du tissu ? C'est la première fois que je tente cet exercice et c'est donc mon petit challenge sur cette pièce ... 





Ma première tentative s'est soldée par un échec ! Et je n'ai pas trop envie de décaper toute la pièce ...

 

S'en suit donc une délicate opération de nettoyage au pinceau imbibé de WS pour enlever le maximum de peinture (comme elle est encore fraîche, ça part plutôt bien).

 

Puis un peu de polissage avec une petite boulette de laine d'acier 000 tenue à la pince à épiler pour retrouver une surface bien lisse.

 

Ouf, je n'ai pas fait trop de dégâts aux alentours. Y'a plus qu'à recommencer !

Après quelques recherches, j'ai adopté une méthode recommandée par un maître de la figurine plate, Mike Taylor, en tentant de transposer sa méthode à une pièce en ronde bosse. Dans le principe, le travail se fait en 3 grandes étapes :

  • tout d'abord la peau, comme si la robe n'existait pas ;
  • ensuite le voile du tissu, plus ou moins accentué selon l'effet recherché ;
  • et enfin le vêtement proprement dit, avec ses plis en ombres et en lumières.


"Pas si difficile" dit M Taylor ... Toujours se méfier de ce genre de propos venant d'un grand peintre ! On va bien voir ... La suite en images. Ce n'est  absolument pas un tutoriel, mais juste la description du procédé que j'ai adopté ...

 

 

 

 

C'est donc reparti avec une nouvelle couche de base. 

 

Quatre passages avec de la peinture Humbrol gris mat n° 28, bien diluée pour qu'elle se lisse naturellement.

 

A chaque couche, je traque le moindre défaut, la plus petite poussière qui pourrait être mise en évidence par la suite.

 

La surface étant bien homogène, je peux continuer.


Etape 1 : la peau, comme si elle était nue


La suite consiste à peindre la peau comme si elle était nue, en imaginant les formes qui se cachent sous la robe. Pas forcément facile sur une ronde-bosse, dont les volumes sont évidemment plus accentués que sur une figurine plate ... Notamment entre les cuisses, où il s'agit de figurer un creux alors que les plis de la robes sont en relief.

 

Grâce à la transparence de la peinture, la couche de fond claire apporte une légère nuance par rapport aux zones de peau environnantes (les bras, les jambes), peintes sur une base de couleur chair Humbrol n° 61.

 

En contrepartie, trois passages ont été nécessaires pour obtenir une bonne homogénéité de la couleur et un niveau de contrastes satisfaisant. 


Etape 2 : le voile du tissu posé sur la peau

Le principe décrit par M Taylor consiste à appliquer un glacis de couleur sur l'ensemble du vêtement. Ce glacis adoucit la couleur chair en lui donnant un aspect voilé.

 

Le nombre de passages dépend de l'épaisseur souhaitée pour le tissu : plus celui-ci est épais, plus il est opaque, et donc plus le nombre de glacis doit augmenter, avec un séchage entre chaque passage. Le "réglage" de la transparence paraît donc simple.

 

J'ai pour ma part posé 2 glacis avec du blanc de titane légèrement étendu par une goutte de liquin, avec séchage intermédiaire entre les deux passages.

 

Après "tirage" et séchage, le premier glacis a laissé un résultat presque imperceptible.

 

Le second passage figure sur la photo ci-contre.





Sans attendre, avec un pinceau souple et propre,  je tire la peinture au maximum pour ne laisser qu'un voile laiteux sur la peau.

 

Après ce deuxième passage, l'effet commence à apparaître. C'est plutôt encourageant.

 

Mais c'est trop transparent pour le résultat que je souhaite, plus "discret". Et le tissu blanc manque d'éclat. 

 

Je vais donc faire sécher, puis recommencer une troisième fois ...

Troisième étape : le vêtement proprement dit





Pour la peinture du tissu proprement dit, ma palette est composée de noir d'ivoire, de TOB et de blanc de titane, pour obtenir un dégradé allant du gris foncé jusqu'au blanc pur.


Une petite pointe de violet de Bayeux est introduite pour nuancer les ombres.

 

Pour les lumières les plus vives, j'ajoute une toute petite pointe de bleu outremer clair à du blanc de titane pur, ce qui donne un blanc éclatant.

 

Et je peins l'ensemble du tissu en ombres et lumières, avec une très fine couche de peinture.







Le travail juste terminé.

 

La transparence reste bien présente, de manière beaucoup plus nuancée que lors de l'étape précédente. Le tissu a pris de l'éclat. Ce résultat me plaît davantage




Par prudence, je laisse sécher à l'air libre, le blanc devenant naturellement mat sans qu'il soit besoin d'utiliser le four.

 

Après une douzaine d'heures, la jambe gauche est encore brillante mais le ventre est déjà bien mat.

 

Comme prévu, l'effet de transparence augmente avec le séchage  de la peinture.  


Avec de prudents glacis de blanc et de gris, j'intensifie certaines ombres et lumières dans les plis du tissu, notamment sur la hanche gauche.

 

Il ne reste qu'à patienter jusqu'au séchage complet ...

Et voici enfin la belle qui entre en scène !

Pour les amateurs de recette, les palettes

La cape de Jules César

- Bleu indigo (R)
- TOB (WN)
- Rouge de cadmium foncé (LB)

- Rouge de cadmium moyen (R)

- Ecarlate de cadmium (WN)

Les ptéruges de Jules César

- Noir d'ivoire (R)

- Gris de Payne (R)

- Pointe de TOB (R)

- Blanc de titane (S)

La peau de Jules César

- TOB (WN)

- TSB (WN)

- Bleu indigo (R) dans les ombres)

- Pointe de violet de Bayeux (LB)

- Ocre d'or (R) 

- Jaune de cadmium foncé (LB)

- Blanc de titane

La cape de Cléopâtre

- Noir d'ivoire (R)

- Bleu indigo (R)

- TOB (R)

- Pointe de violet de Bayeux (LB)

- Jaune de cadmium foncé (LB)

- Pointe de jaune permanent clair (R)

- Blanc de titane (S)

La robe de Cléopâtre

- Noir d'ivoire (R)

- TOB (WN)

- Blanc de titane (S)

- Pointe de violet de Bayeux (LB) dans les ombres

- Pointe de bleu outremer (LB) dans la plus forte éclaircie 

La peau de Cléopâtre

- TOB (WN)

- TSB (WN)

- Pointe d'ocre d'or (R)

- Blanc de titane (S)

Et pour terminer cette longue page sur une petite touche d'humour ...
Le mot est de Blaise Pascal et pas de César, Astérix et Obelix sont passés par là !

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Commentaires : 4
  • #1

    Charles (jeudi, 19 novembre 2015 08:33)

    un mot : EXCELLENTISSIME

  • #2

    Duck (samedi, 21 novembre 2015 18:40)

    Un couple chargé d' Histoire, magnifiquement composé et aux destins tragiques.
    Quant à l'exercice de la peinture de la robe, un exemple que dis-je...une référence absolue.......et un résultat magnifique.

  • #3

    Seha laurent (mardi, 22 décembre 2015 12:20)

    Superbe vignette avec un travail très fin
    félicitation

  • #4

    Erik (mercredi, 07 juin 2017 11:51)

    Superbe duo historique
    Peinture er melange des couleurs magnifiques !
    Bravo