Signifer Ala Augusta Gallorum Petriana

Une fois n'est pas coutume, Adriano Laruccia nous propose, chez Alexandros Models,  ... un cavalier monté ! Très rare, il va falloir s'appliquer !

 

Il s'agit d'un signifer (c'est à dire un porte-enseigne) de la légion Ala Petriana, dans la seconde moitié du premier siècle de notre ère.



Une petite notice historique, agrémentée de photos, est fournie avec la pièce, ce qui est assez rare pour mériter d'être souligné.


La figurine est inspirée de la stèle de Flavinus, visible à l'abbaye de HexhamLa stèle représente ce porte enseigne, piétinant un barbare sous son cheval. Flavinus a servi dans l'armée pendant quelques années, avant de mourir à l'âge de 25 ans, dans le courant des années 80 après JC.


L'histoire dit de lui qu'il était un "celte romanisé". Le personnage porte ainsi un collier torsadé (torque), bijou caractéristique des celtes (bien que les romains aient aussi adopté le torque comme décoration pour récompenser leurs soldats).  

Ouverture de la boîte

J'ai pu obtenir un exemplaire de la pièce, en primeur, lors de l'Euromilitaire de Folkestone en fin septembre 2014. Merci Alex ! A peine rentré à la maison, j'ouvre la boîte, où tout est parfaitement bien rangé.

Une trentaine de pièces en métal blanc composent ce cavalier et sa monture.

Préparation et montage

Tous ces éléments sont préparés individuellement : élimination des joints de moulage, ponçage, polissage, perçage et mise en place de petits pitons ... Le travail est assez conséquent, c'est un cavalier, mais les pièces ne présentent absolument aucun défaut. La fonderie est parfaite.

 

Quant à la gravure ... A chaque nouvelle pièce de Adriano Laruccia on s'extasie de son talent. Cette fois-ci encore plus ! Cette figurine est une petite merveille à même de tenir la vedette au centre d'une collection consacrée à l'armée romaine. Mais d'ici-là, il y a encore un peu de travail ...

Le socle tout d'abord. Les cavaliers sont souvent présentés de profil sur un socle rectangulaire. Pour être un peu original, l'attitude du personnage et de sa monture s'y prêtant bien, j'ai choisi un socle carré de 7 cm de côté, en bois d'olivier. Le cheval y sera positionné selon la diagonale qui mesure environ 10 cm.

 

La fabrication du décor se limite à incorporer la base en plomb fournie dans la boîte dans un terrain présentant une légère pente vers l'arrière, avec une petite marche. Les volumes sont réalisés en carton-plume, puis recouverts de Milliput grossièrement texturé pour laisser subsister un peu de relief.

 

On verra la finition plus tard, sachant que pour une telle pièce, le décor doit rester, justement, un élément de décor ! 

Les jambes du cheval sont percées et munies de tiges de 1 mm qui permettront de fixer solidement la pièce sur son socle. Le collage est réalisé à la colle Epoxy à 2 composants pour une solidité maximale. Il n'est pas possible de percer très profondément en raison de la position des articulations, mais comme le cheval repose sur 3 de ses jambes, il n'y a aucun risque d'affaissement dans le temps.

 

Les deux demi-corps sont collés de la même manière. Après séchage, la tête est mise en place. Ici encore, un piton métallique est ajouté pour solidifier l'assemblage.

 

Voici donc le cheval, brillant comme un sou neuf, en lévitation au dessus du socle.

Passons à la selle, entièrement recouverte d'une couverture à franges. Les romains, comme les celtes, montaient sans étriers ; en contrepartie, la selle présente 4 protubérances (2 à l'avant, 2 à l'arrière) qui fournissent une grande stabilité d'assise au cavalier, qui vient véritablement s'y "emboîter".

 

Elle est ici composée de deux parties symétriques. Ajout d'un petit piton de 0,5 mm pour relier les deux morceaux (les trous mastiqués sont visibles sur la photo) et collage à la colle expoxy. Enfin, perçage d'un trou qui recevra une tige de liaison avec le cavalier.

L'assemblage du cavalier est classique. Pour chaque assemblage, un piton de 0,5 mm est prévu, ce qui fait donc quelques trous à percer soigneusement. Le montage dans l'ordre :

  • collage des deux jambes
  • collage du buste sur le bassin
  • collage des deux bras.

On peut alors positionner le cavalier sur la selle. Il s'y emboîte parfaitement.

Un trou est alors percé par en dessous, dans le fondement du cavalier (Aïe !), en se guidant sur celui pratiqué dans la selle.

 

Une tige métallique de 1 mm y est insérée, sans collage à ce stade, afin que l'ensemble reste démontable pour la première couche de peinture.

 

Cette tige servira ensuite de point de préhension sur lequel viendra se fixer le manche de manipulation.

La cape est en deux parties, dont l'assemblage ne pose aucune difficulté.

 

La suite est un peu plus délicate. La cape s'envole dans le vent, tout en reposant, à peine, sur l'arrière train du cheval. La fixation sur le cavalier doit donc être solide et le positionement doit être précis.

 

J'ai procédé dans l'ordre suivant :

  • montage "à blanc" (le cavalier sur le cheval, la cape sur le cavalier)
  • perçage d'un trou en partie haute, qui traverse la cape pour entrer dans l'épaule du cavalier (flèche sur la photo suivante)
  • démontage et mise en place d'un piton de 1 mm dans la cape
  • remontage à blanc, cette fois-ci en collant la cape en place à la colle epoxy
  • et ne toucher à rien pendant quelques heures, le temps que la colle durcisse parfaitement !

La tête est une partie sur laquelle Laruccia s'est particulièrement appliqué. Il s'agit d'un casque de parade, richement décoré et garni d'un cimier, de plumes et de rubans. Enfin, il est muni d'un masque métallique (ce que l'on appelle un casque à visage).

 

L'ensemble ne comporte pas moins de 7 pièces différentes. Seuls les principaux sont montés à ce stade, les plumes et les rubans sont pour l'instant gardés à part pour faciliter les opérations de peinture. Mais des trous de fixation ont déjà été percés en vue de l'assemblage. Et bien entendu une tige métallique est mise en place pour renforcer le collage de la tête sur le tronc.

Et pour terminer, une partie des petites pièces qui resteront en éléments séparés jusqu'à ce que la peinture soit bien avancée.

Voici le montage en faisant défiler les images qui suivent ...

L'indispensable couche de base : peinture Humbrol gris mat n° 28, bien diluée au WS pour ne pas nuire à la finesse de la gravure, en 3 passages.

 

Le cavalier ...

 

... et sa monture.

Mise en couleurs

Cette pièce présente peu de contraintes "uniformologiques" quant aux choix des couleurs.

 

J'ai choisi de représenter le personnage est en tenue de parade, son équipement va donc être impeccable et ses vêtements bien propres.

 

Les couleurs de base sont posées à la peinture Humbrol, elles déterminent en principe le schéma définitif ... à moins qu'une modification n'intervienne en cours de route ! On verra bien ...

 

Commençons pas le cavalier.

 

 

Après cette ébauche, on peut sortir les tubes de peinture à l'huile et les encres d'imprimerie pour commencer à travailler les parties métalliques : la cotte de mailles, le casque et bien entendu le fameux masque qui constitue l'une des particularités de cette pièce.

 

 

Petite suite avec le tapis qui recouvre entièrement la selle, le cimier et le pantalon court (braccae) : du rouge et du noir. Les ptéruges seront en cuir de couleur brune à peine patiné.

 

 

Après une phase de séchage, le travail se poursuit avec la mise en place de la spatha (l'épée des cavalier, plus longue que le glaive porté par l'infanterie). La gravure des décorations du fourreau et de la ceinture est d'une finesse incroyable.

 

Dans le même temps, le casque et son masque sont repris pour commencer à intensifier les contrastes et les reflets sur le métal.

 

 

A suivre ....

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Commentaires : 4
  • #1

    Emilie A. (dimanche, 19 octobre 2014 10:49)

    Merci d'avoir pris le temps de nous concocter ce magnifique pas à pas, qui est comme d'habitude de grande qualité! Quel travail, tant pour le sculpteur que pour le peintre! Vivement la suite! J'ai hâte de le voir achevé ce superbe signifer!
    Mais j'ai une question: où qu'il est le violet de Bayeux? Bon ok je sors LOL!
    A + au club.
    Emilie.

  • #2

    Duck (samedi, 15 novembre 2014 12:50)

    Hello Jean-François, un doute m'assaille, quand tu mentionnes la longueur des pitons, il s'agirait plutôt de cm et non de mm.....il me semble, sauf erreur.
    Bien sur, toute personne bien intentionnée aura fait la correction.
    Au plaisir.

  • #3

    jfp (samedi, 15 novembre 2014 13:29)

    Il s'agit du diamètre, pas de la longueur !

  • #4

    Duck (dimanche, 21 décembre 2014 12:55)

    Merci beaucoup pour la précision.

4 novembre 2014 :

 

Merci Emilie ! Pas beaucoup de violet de Bayeux pour l'instant, juste une pointe dans le rouge.

 

La suite : les garnitures du casque sont en place (fallait quand oser pour se promener comme ça !), la cape a reçu une première couche de peinture verte, les parties de peau sont ébauchées ainsi que les sandales à lanières (caligae) ... 

 

L'ensemble commence à prendre tournure.

 

Deux accessoires importants : l'enseigne et le bouclier. 

 

La hampe de l'enseigne sera décorée, s'agissant d'un objet d'apparat : une alternance de bandes rouges et vertes. Amusant à peindre, avec un dégradé de couleurs du haut en bas.

 

Le bouclier sera sombre et orné d'une couronne et de croissants de lune, selon la symbolique propre à la légion Ala Petriana. Ici le motif au stade de l'ébauche. Le principe de mise en place est expliqué sur un autre exemple, ici.

 

 

On va laisser le cavalier reposer un peu et passer au cheval, qui sera quelque chose comme un bai brun, on verra ... De toute façon, une trèèèèèès longue séance de peinture en perspective ... Voici toujours l'ébauche (Humbrol chocolat 98 et noir 33 essentiellement).

A suivre ...

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  • #1

    Duck (samedi, 15 novembre 2014 11:45)

    Formidable, avec jfp, tout parait facile et d'une simplicité confondante, mais quel régal.....

17 décembre 2014 :

 

Ce cavalier progresse décidément à une allure de tortue ... Voici la suite du cheval. Une peinture inspirée des deux articles publiés il y a quelque temps dans Figurines Magazine par un certain Daniel Ipperti. Plutôt que de plagier l'auteur, je vous recommande la lecture de ces articles (n° 63 et n° 73 et 74 de la revue), où la méthode est décrite en détail.

 

S'agissant donc d'un bai brun, on peut distinguer trois zones de couleurs principales. Voici les principales couleurs des mélanges de base que j'ai utilisés :

  • les zones de couleur feu : terre de Sienne brûlée + jaune de Naples .
  • l'entourage des zones précédentes, d'un marron plus soutenu : terre de Sienne brûlée + bleu indigo .
  • les zones presque noires : noir d'ivoire + rouge de cadmium moyen.

 

L'ensemble du harnachement est en cuir rouge. Il convient de profiler les creux et les arêtes pour que les détails soient bien lisibles. Les différentes décorations sont travaillées à la poudre métallique. 

 

Un petit diaporama des différentes étapes de la peinture.

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  • #1

    mund .p (jeudi, 18 décembre 2014 00:15)

    magnifque ce cheval, quelle beauté

21 décembre 2014 : 

 

C'est presque la fin ! Encore un petit effort

 

Le cavalier enfourche sans monture sans difficulté. Les rênes ont été confectionnées à base de feuille de plomb et assemblées avec les boucles, puis mises en place et mises en forme. Un petit travail toujours un peu délicat qui nécessite du calme ...

 

Il ne reste plus qu'à coller le bouclier et l'enseigne. Une petite retouche de mastic, un raccord de peinture, quelques finitions à droite et à gauche, et c'est terminé. 

Le décor est volontairement sobre pour ne pas détourner le regard ; seules quelques touffes d'herbes ont été ajoutées. L'ensemble a été peint à l'acrylique pour obtenir  un rendu minéral en opposition avec le personnage.

 

Et voilà, Flavinus va rejoindre ses camarades de vitrine. Et j'ai à cet instant une pensée pour mon ami Jacques à qui il n'aurait probablement pas déplu ...


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Commentaires : 2
  • #1

    mund .p (lundi, 22 décembre 2014 12:32)

    tres beau cavalier, et quel bouclier miam

  • #2

    Daniel (samedi, 27 décembre 2014 19:00)

    Je suis admiratif. Bravo.