Tribun de la légion Adiutrix

Créée en 68, à l'époque de Néron, la légion Adiutrix fut rapidement affectée en Europe centrale, au sein de l'armée du Danube. Sous l'empereur Trajan, elle participa à la conquête et à l'occupation de la Dacie, puis à la campagne contre les Parthes (vers 115).

 

Elle fût ensuite stationnée sur la frontière de la Pannonie (l'actuelle Hongrie), pour protéger l'empire contre les envahisseurs, notamment les Marcomans. En 166-167, alliés aux Lombards, ceux-ci tentent de franchir la frontière du Danube. Vaincus par Marc Aurèle en 169, ils continueront de se révolter pendant toute la décennie suivante, jusqu'à la signature d'un traité de paix avec l'empereur Commode en 180. Ils seront alors tenus de fournir des troupes auxiliaires à l'armée romaine ...

 

L'action peut ici se situer vers 166 : notre personnage appartient à la marine romaine, et il est affecté au sein la flotte auxiliaire qui patrouille sur le Danube. Il est aux prises avec des Marconnans qui tentent de traverser la frontière.

  

Enfin, dans le numéro 451 de sa collection Men-at-Arms, Osprey a édité récemment une rétrospective des forces navales romaines. La figurine proposée par Soldiers, sculptée par A Laruccia, est directement inspirée du personnage de gauche figurant en couverture de cet ouvrage. Et la peinture du box-art également ! 

Un petit décor pour commencer

Comme le montre l'illustration de la boîte, la pièce est fournie avec une petite base en plomb qui évoque le pont d'un navire. Hélas, cette base présente une partie arrondie qui serait de mauvais effet sur un socle carré.

 

Il ne reste donc qu'à sortir de la carte plastique en vue de quelques heures de bricolage. La contrainte étant de créer une marche pour tenir compte de la position des pieds du personnage.

 

Voici le résultat. Les lattes de bois sont en plastique texturé à la pointe d'une aiguille puis au papier de verre à gros grain. Les cordages sont en fil de cuivre torsadé ; l'anneau est également en cuivre. Quant aux deux taquets d'amarrage, ils proviennent de la boîte.

Et la figurine

Après un montage qui ne présente aucune difficulté, une mise en couleurs rapide à la peinture Humbrol diluée permet de se faire une première idée de l'ensemble.

 

 

Vu sous tous les angles. Bien dommage que l'avers du bouclier ne soit visible que de l'arrière, car le motif est superbe. Mais difficile d'y remédier dans ce cas ...

Justement, le bouclier ! Commençons par le fond rouge, en marquant bien le contraste entre la partie éclairée et celle qui sera placée dans l'ombre du personnage. Ne pas hésiter à accentuer ! Sur les images qui suivent, l'effet peut paraître exagéré, mais tout rentrera dans l'ordre au montage.

A noter le piton (un petit morceau de trombone) collé à l'intérieur de l'umbo (la pièce centrale du bouclier). Attention lors du perçage, sinon la décoration de l'avers pourrait en souffrir ! 

 

Ce piton est bien utile pour manipuler l'objet pendant le travail de peinture ; il servira plus tard à fixer solidement le bouclier sur la main du personnage, également percée d'un trou.

La suite consiste à recouvrir l'ensemble des motifs décoratifs d'une couleur sombre (de la TOB légèrement étendue au WS), en les détourant soigneusement, tout en veillant à ne pas empâter la gravure.

 

Lorsque c'est bien sec, la couleur du métal peut être mise en place. Le mélange est à base d'encre d'imprimerie dorée + liquin + TOB.

 

L'ensemble doit rester assez sombre compte-tenu de l'orientation du bouclier. Le dégradé de lumière sur les parties métalliques doit suivre celui du fond de couleur rouge : en partie basse, augmenter la proportion de TOB en conséquence.

 

Une vue du travail en cours :

Lorsque le bouclier sera fixé en place, on reviendra ajouter des reflets métalliques sur les arêtes les plus éclairées.

Venons-en au personnage lui-même avec quelques étapes de la décoration.

L'élément principal est la cuirasse, abondamment garnie de ptéruges (les lanières de cuir pendantes) : 4 rangées au niveau des épaules, 2 en partie basse. 

 

Sur une base presque noire (TOB + noir d'ivoire + une pointe de violet), des brossages à sec de couleur claire ont été appliqués en alternance avec des lavis de peinture sombre. Ce procédé, répété 3 ou 4 fois, a permis de faire ressortir les détails de la gravure sans l'empâter aucunement.

 

Le cuir est volontairement usé. Un travail à la pointe d'un cure dent dans la peinture fraîche permet de simuler des craquelures en faisant réapparaître la couche sombre du dessous (voir détail ci-dessous).

Autre élément important de la tenue : les phalères. Il s'agit des ornements métalliques portées sur la poitrine, maintenues par un ensemble de lanières de cuir.

 

Les médailles seront classiquement argentées : poudre métallique + liquin + noir de bougie.

 

Les pièces de cuir seront rouges, ainsi que les deux ceintures, le fourreau du glaive et le cingulum (les 3 lanières de cuir cloutées qui pendent sous la ceinture).

Vue de détail de l'ébauche de ce travail. Les phalères souffrent quelque peu de la peinture de la cuirasse et devront être reprises ultérieurement ...

Les opérations se poursuivent avec la mise en valeur des pièces de cuir rouge : chaque arête est soigneusement éclairée pour accroître la lisibilité de l'ensemble.

 

 

Les décorations des ceintures, peintes dans un premier temps dans une couleur d'or très vive, sont retravaillées avec un jus de peinture sombre, qui fait ressortir la gravure en s'infiltrant dans les parties en creux. Quelques éclats de lumière seront posés ensuite pour finaliser les arêtes éclairés.

 

 

 

Les clous dorés du cigulum sont encore à l'état d'ébauche : détourage à la TOB diluée.

 

Mais les cuirs de ptéruges parviennent à un niveau de définition et d'usure presque satisfaisant.

Le casque, en bronze, est de type attique : il comporte une protection de nuque et des couvre-joues fermées par un lacet de cuir. Son cimier est garni d'une grande crête de plumes 

 

Le voici en cours de peinture : la couleur bronze est obtenue par un mélange d'encre d'imprimerie dorée, de liquin, de TOB et de bleu indigo.

Une fois la première couche bien séche, revenir avec des lavis pour nuancer. Puis rehausser les arêtes éclairées à l'encre pure.

 

 

La tunique est peinte en blanc cassé, obtenu par un mélange de terre d'ombre naturelle, noir de bougie, blanc de titane et une pointe de terre d'ombre brûlée.

 

Le pantalon est traité en rouge brique, avec une couture simulée en trompe l'oeil. Un détail qui ne prend que quelques instants mais qui ajoute un petit plus à la pièce.

 

 

La peau est peinte dans une tonalité assez chaude. La palette est confectionnée selon la méthode expliquée par ailleurs (par exemple sur cette page).

 

Le visage est très expressif ... et la dentition de bonne qualité ! Petit truc pour la peinture de la bouche :

  • poser une goutte de rouge-violet dilué à l'intérieur ;
  • lorsque sec, passer un second jus de gris foncé sur les dents, et poser une petite touche de rose dans la bouche pour figurer la pointe de la langue ;
  • puis peindre les dents une à une en blanc cassé ; entre chacune,  ménager un petit trait du gris foncé précédent pour figurer les séparations.

 

Enfin, le regard est orienté sur le côté, ce qui m'a paru le plus cohérent avec l'attitude générale du personnage.

Nota : la photo précédente révèle que le contraste
du bracelet au poignet droit mérite d'être accentué

par une pointe d'encre métallique.

 

 

La couleur chair a été utilisée pour éclairer le noir de bougie qui sert de base aux souliers.

 

 

Et voici donc la pièce terminée, vue sous tous les angles, pour profiter du bouclier ...

 

Mon précédent marin romain, un navarque, était peint dans des tonalités plutôt bleutées (c'était ici, il y a presque 3 ans déjà, que le temps passe vite ...).

 

Pour celui-ci, la palette est à base de rouge et de bruns, pour un résultat assez radicalement différent.

 

Mais dans les deux cas, de biens belles figurines. La production de A Laruccia chez Soldiers est remarquable de qualité et de régularité, pour le plus grand plaisir des adeptes de cette période.

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Commentaires : 2
  • #1

    Bono (mardi, 06 novembre 2012 13:18)

    Tout simplement superbe...
    J'ai découvert Adriano Larucia avecle celte lepontien que j'ai réalisé il y a quelques temps, puis je viens de terminer Philippe II, et je suis d'accord avec toi sur la qualité remarquable de ces pièces. Quelle classe, je me demande comment il fait pour faire de si petits détails... bref, c'est un plaisir de peindre ces pièces, et je vois que tu ne t'en prive pas, pour ton plus grand plaisir, ainsi que pour le notre.
    Encore BRAVO.

  • #2

    mund.p (jeudi, 08 novembre 2012 18:08)

    tres belle piece encore une fois
    une piece qui a du mouvement et qui beneficie d une excellente peinture
    encore bravo