Etrusque villanovien

Il y a quelques temps, la marque EMI a proposé ce guerrier étrusque villanovien du VIII ème siècle avant JC, sculpté par Adriano Laruccia.

 

Malgré la disparition d'EMI, cette pièce est toujours disponible dans le commerce, chez Master Class. C'est d'ailleurs la photographie officielle de Master Class qui figure ci-contre (une peinture de Danilo Cartacci).

 

Bonne idée de Master Class que cette ré-édition, car la pièce est superbe; A noter qu'elle est fournie avec deux boucliers et deux javelines, ce qui permet éventuellement d'agrémenter le décor.

Un peu d'histoire pour commencer

Qui étaient les étrusques ? Il s'agissait d'un peuple qui vivait en Etrurie, au centre de la péninsule italienne, depuis des temps très anciens (l'âge de fer). 

 

L'Etrurie était organisée autour de 12 villes-états, comportant autant de rois. Loin d'être alliées, ces cités étaient au contraire rivales et concurrentes.

 

Il s'agissait néanmoins d'une grande civilisation, avec une organisation sociale structurée. L'alphabet étrusque, dérivé du grec, inspirera l'alphabet romain. Le système de numération décimal romain trouve son origine chez les étrusques.

 

Très respectueux des rites religieux, les étruques en suivaient de très précis, consignés dans des traités. Le Panthéon des étrusques est d'ailleurs similaire à celui des grecs et des romains.

 

La civilisation étrusque connut son apogée vers 500 avant JC. A l'époque, alliés aux carthaginois, ils dominaient les phocéens de Massalia (la colonie grecque de l'antique Marseille), dans la lutte pour le contrôle de la Méditerranée occidentale.

 

Le déclin commence alors : Rome est la première à se libérer de la domination étrusque, tandis qu'au nord, l'invasion gauloise détruit les cités de la plaine du Pô. Rome étend progressivement son influence tandis que les étrusques, divisés, ne parviennent pas à faire front commun contre cette voisine très expansive. La bataille de Sentinum consacrera la défaite des étrusques.

 

En quelques décennies ils furent totalement assujettis à Rome et progressivement assimilés,  pour devenir citoyens de la république romaine au 1er siècle avant JC.

 

Et les villanoviens dans tout ça ? Et bien, il s'agit des ancêtres des étrusques, habitants de la région de l'Etrurie dès le début du premier millénaire avant JC. Une caractéristique majeure de leur civilisation est l'incinération des défunts, dont les cendres étaient placés dans des urnes. Ils produisent des armes en fer, des casques en bronze et un artisanat de qualité.

 

Une aristocratie émerge peu à peu de la société archaïque villanovienne et donne naissance à la civilisation étrusque vers le 9ème siècle avant JC.

 

Voici qui nous replace dans le contexte de notre personnage, puisque celui-ci est daté du 8ème siècle avant JC, au début de la civilisation étrusque.

 

Alors ... au travail !

 

 

Montage et préparation de la figurine

 

 

A l'ouverture de la boîte (il s'agit de l'édition initiale de EMI), la fonderie se révèle de toute première qualité : aucun défaut de surface, joint de coulée peu important et bien placé.

 

La préparation est donc rapide. Toutes les petites pièces sont munies d'une tige métallique pour renforcer les assemblages. La pièce est montée en totalité, à l'exception des armes qui nuiraient à l'accessibilité du pinceau. Un montage à blanc de ces dernières est cependant effectué pour vérifier que tout s'ajuste bien. C'est aussi l'occasion de prendre quelques photos ! 

 

 

Le seconde étape de la préparation consiste à passer des couches de peinture de base à la Humbrol bien diluée au WS pour obtenir des surfaces bien lisses sans empâter la gravure : 3 couches fines valent mieux qu'une couche épaisse !

 

Plutôt que l'aérographe, je préfère le pinceau qui permet de découvrir tous les détails de la gravure et de déceler les petits défauts de préparation qui auraient pu passer inaperçus jusque-là.

 

Tout d'abord du gris mat n° 28, en deux passages. 

 

Puis des couches colorées, dans des tonalités proches des couleurs définitives de la figurines. Ici :

  • un mélange de gris 28 et de blanc 34 pour la tunique
  • un mélange de chair 61 et de marron 98 pour la peau
  • et du marron 98 pour les pièces métalliques et en cuir

 

 

Le décor a été préparé dans le même temps : à ce stade, la manipulation de la figurine est bien moins risquée que lorsqu'elle sera peinte ! Une longue tige est placée dans la jambe gauche et pénètre profondément le socle.

 

Le sol est confectionné à partir de Milliput, la surface est texturée à l'aide d'une petite spatule métallique. Quelques pierres sont enfoncées dans le Milliput encore frais ; de même pour la prise d'empreinte des pieds du personnage.

 

La suite du décor, c'est pour plus tard, passons à la peinture !

 

 

La peinture

 

 

Commençons par la tunique. J'ai choisi une couleur blanc cassé, toute simple, qui sera agrémenté par un petit liseré violet sur les bords du vêtement (ce petit liseret est d'ailleurs gravé sur la pièce).

 

Le blanc est une couleur qui peut poser des difficultés : il a tendance à se salir très vite lors de l'exécution des fondus, et, si on insiste, il devient rapidement crayeux. On contrepartie, il permet d'obtenir de beaux volumes très lumineux pour peu qu'on se donne la peine d'accentuer suffisamment les contrastes.

 

Le mélange utilisé ici est à base de 3 couleurs :

  • noir de bougie (Rembrandt)
  • terre d'ombre brulée (WN)
  • blanc de titane (Sennelier)

 

Sur la palette, je compose 5 niveaux de couleurs allant du "presque noir" au "presque blanc". Et j'y vais progressivement, en m'appliquant à définir les grandes zones d'ombre et de lumière ...

 

Voici le premier résultat, le contraste est encore très insuffisant mais les bases sont en place.

 

 

Il faut maintenant peaufiner un peu tout ça !

 

Les parties métalliques ont reçu une première couche d'encre d'imprimerie dorée, mélangée à du liquin et une pointe de peinture diluée (TOB + bleu indigo). L'ensemble est donc assez clair. 

 

Pour me rapprocher de l'aspect définitif de la pièce, je commence par assombrir les parties métalliques et les pièces de cuir. Des jus de peinture suffisent et permettent de détourer soigneusement chaque partie avec des "linings" sombres qui accentueront l'effet de volume.

 

Et je continue le travail du blanc avec la palette décrite précédemment, mais cette fois-ci en posant des glacis localisés qui vont permettre soit d'assombrir les parties ombrées, soit d'éclaircir les parties exposées à la lumière. C'est assez long ...

 

Le résultat est nettement plus probant que sur la photo précédente !

 

 

Les photos de détail qui suivent montrent que les fondus peuvent être très progressifs ou au contraire beaucoup plus rapides sur les parties plissées du tissu.

 

Et le fond des plis peut être très éclairé d'un côté (celui qui exposé à la lumière), alors qu'il est très sombre de l'autre ; les couleurs claire et sombre sont juxtaposées, avec quasiment pas de fondu.

 

Le travail de la tunique sera terminé en ajoutant quelques teintes à la palette de base : une pointe de jaune dans les lumières médianes, une pointe de violet dans les ombres.

 

On passe à la peinture du petit galon violet, dont la couleur est obtenue à partir de :

  • rouge de cadmium foncé LB
  • bleu indigo R
  • une pointe de TOB pour éteindre la couleur
  • blanc de titane pour éclairer.

 

La peinture est légèrement étendue au WS pour avoir une consistance crémeuse qui permet de l'étaler plus facilement. L'enjeu est de ne pas déborder car le blanc est très salissant ... et le violet très polluant !

 

Pour donner plus de légèreté au motif, un petit liseret blanc a été ménagé à l'extérieur du galon.

 

 

Poursuivons par la carnation, qui représente une partie importante de cette pièce. Le personnage est assez trapu, l'anatomie est parfaite, les muscles et leurs attaches sont parfaitement représentés. Quand au visage ... Laruccia est aux manettes, donc sans commentaire !

 

Pour accentuer le contraste avec la tunique blanche, j'ai choisi une peau bien bronzée ..., sans autre référence que le soleil de la péninsule italienne !

 

La teinte chair est composée de manière classique :

  • un mélange de TOB et de TSB au départ,
  • que j'assombris en ajoutant de la TOB, puis du bleu indigo
  • et que j'éclaire en ajoutant de la TSB et de l'ocre d'or, puis du blanc de titane en deux fois et une petite pointe de jaune de cadmium.

 

J'obtiens ainsi sur la palette 6 ou 7 nuances différentes, plus le blanc pur utilisé dans le frais pour les lumières ultimes.

 

Le procédé de peinture est le même que celui décrit prédemment pour la unique :

  • une première étape pour définir les grandes zones sombres et éclairées ;
  • puis, après séchage, reprise en glacis localisés pour améliorer les fondus, nuancer, approfondir les ombres et accentuer les lumières. Bien entendu, le visage nécessite un soin tout particulier, on doit y revenir à plusieurs reprises, les contrastes initiaux s'atténuant avec le séchage de la peinture.

 

La photo ci-dessous est prise à l'issue de la première étape, la peinture est toute fraîche ... et bien brillante !

 

 

Pendant que la peau sèche, passons au travail des parties métalliques. J'ai choisi de toutes les représenter en bronze (mais le fer de la lance pourrait être ... en fer !).

 

Petit rappel : l'ébauche opérée précédemment a consisté à  : (voir les 2 photos qui suivent):

  • passer tout d'abord un mélange d'encre d'imprimerie, de liquin et d'une pointe de peinture à l'huile, le tout étendu au WS pour être assez liquide et ne pas empâter ;
  • puis, après séchage, à recouvrir l'ensemble d'un jus assez épais de TOB + bleu indigo, qui va bien pénétrer au fond des creux et accentuer le relief de la gravure. Si ce jus n'est pas très homogène, tant mieux, ça fera des nuances pour la suite !

 

Le travail restant consiste à poursuivre ce travail de contraste et de nuances :

  • pour assombrir, continuer à poser des jus de peinture localisés ; 
  • pour éclairer, utiliser de plus en plus d'encre d'imprimerie dans le mélange (et donc de moins en moins de peinture), et finir par des éclats d'encre pure liée au liquin sur les arêtes et les angles les plus éclairés ;
  • et pour nuancer, toujours des jus de peinture, moins épais mais plus variées : la TSB, le bleu indigo, le vert émeuraude, le noir d'ivoire ... peuvent être utilisés.

 

Ci-dessous le plastron terminé

 

Et le casque, ébauché puis achevé

 

 

Voilà, c'est presque terminé.

 

Il reste les bottes, qui sont en cuir : du brun Van Dick, de l'ocre d'or et du blanc de titane. Lorsque c'est sec, poser quelques jus d'un mélande de noir de bougie et de brun Van Dyck pour bien creuser la gravure. Et placer quelques traits de lumière sur les arêtes les plus exposées.


Les armes ont été ébauchées séparément, puis mises en place avant d'être terminées pour bien respecter la position de l'éclairage. Le fourreau de l'épée mérite un petit travail de mise en lumière et d'usure par "picotage"

 

 

 

 

Quant au terrain, sur la base de milliput, de la roche liquide Prince August, quelques touffes d'herbe de chez Fredericus-Rex, un peu de peinture ... Voilà pour un décor sobre qui convient bien à ce type de pièce.

La pièce terminée

Voici donc notre étrusque terminé, prêt à rejoindre ses petits camarades de vitrine. Une figurine assez simple, pour laquelle de multiples options de couleur peuvent être choisies.

 

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout, j'espère qu'il pourra être utile à certains d'entre-vous ... Et si vous voulez commentez, questionnez, etc, c'est ci-dessous !

 

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Commentaires : 3
  • #1

    mifig (mercredi, 09 novembre 2011 20:26)

    Merci pour cet article bien conçu et très clair.
    Comme d'habitude une très belle peinture peut-être même plus contrastée que d'habitude? Mais le résultat me plait tout au temps voir plus.
    A+

  • #2

    bono (jeudi, 10 novembre 2011 17:53)

    Voilà un beau résumé, tant historique que "figurinistique" bravo.
    Un très beau travail... que du plaisir.
    Merci
    a++

  • #3

    mund.p (mercredi, 16 novembre 2011 18:49)

    merci encore pour cette tres belle piece
    hyper realistes les contrastes du blanc en tout cas j adore