Vlad Dracul

Proposé par Pegaso sous la référence 75-906, voici Vlad Dracul. La sculpture est de Andrea Jula. La peinture du box-art (ci-contre) est de Alexandro Cortina, par ailleurs patron de la marque Alexandros Models. Référence 75-906 : c'est donc un 75 mm, une échelle qui impose, qui s'impose, ou que certaines marques nous imposent ...

 

En tout cas, une pièce de toute beauté que ce cavalier en armure juché sur un énorme cheval frison : la morphologie du cheval ne laisse en effet aucun doute sur sa race.

 

Un gros morceau, et tout est en plomb. Sur la balance, l'ensemble accuse le poids respectable de 1 kg : quelques heures de musculation du poignet en perspective ...

Ouverture de la boîte, petit désagrément !

La fonderie de Pegaso est réputée et bien souvent exempte de tout reproche. 

 

Effectivement, le petit contrôle auquel je me livre habituellement lors de l'achat de la pièce révèle un extraordinaire rendu des détails, en particulier pour les pièces métalliques de l'armure.

 

Mais un peu plus tard, lors du montage, le col en fourrure qui orne le sommet de la cape m'intrigue quelque peu ... Car voici ce que je découvre :

Manquerait-il une pièce dans ma boîte pour terminer ce col ?? Non, c'est du métal qui manque dans la pièce ! Ce que les fondeurs appellent une retassure de coulée. La plus belle que j'ai vue jusqu'ici sur une figurine ! Pas de bol ... Un défaut pas très difficile à corriger au mastic, mais quand même ...

 

Un peu de mastic plus tard ... c'est réparé !
Un peu de mastic plus tard ... c'est réparé !

Préparation, montage, sous-couches ...

Mis à part le petit déboire relaté plus haut, la préparation des différentes pièces ne pose pas de difficulté : éliminer les joints de coulée, poncer, polir, mettre en place de pitons de renfort ... Que du classique, c'est juste un peu plus long que pour un piéton en 54 mm !

 

Pour le montage, mieux vaut y réfléchir un peu pour que le cavalier s'emboîte correctement et ne se retrouve en lévitation à quelques millimètres au dessus de sa monture. Ici, l'astuce sera de coller le dosseret de la selle sur le cavalier plutôt que sur le cheval.

 

En fin de montage, je me retrouve donc avec 3 éléments principaux :

  • le cheval,
  • le cavalier
  • la cape
  • et diverses petites pièces (les brides, le mord, les éperons ...) qui seront mises en place plus tard.

 

Après une couche d'apprêt grise, la totalité des pièces recevra deux passages de peinture Humbrol noire mat bien diluée. 

 

 

Le cheval

Le cheval est fixé sans attendre sur la pièce en plomb qui constitue le décor. Des trous ont été percés dans les jambes pour recevoir des tiges métalliques de 2 mm.

 

Collage à l'araldite : c'est lourd, il faut faire solide ! Les tiges dépassent largement sous le décor : elles viendront se loger dans des trous percés dans le socle. Du Milliput consolide le tout sous le décor.

 

Enfin, un autre trou est percé dans le décor pour recevoir une vis à bois qui assure la fixation de l'ensemble, dans un premier temps sur le morceau de bois qui sert à manipuler la pièce en cours de peinture, puis sur le socle définitif. Cette vis est un peu inclinée pour être facilement accessible au tournevis.

Voici le cheval en fin de préparation. Belle bête ! Quel talent Andrea Jula pour les chevaux ! Le frison a un poil abondant ... mais il ne frise pas ! La race est originaire de Frise, une province du Nord des Pays Bas, d'où son nom.

 

 

 

 

 

Le cavalier et sa cape

Même type de préparation que celle du cheval. Comme indiqué plus haut, il est équipé du dosseret de selle. Moins confortable, il est également muni d'un piton dans le fondement. L'empaleur empalé ... Indispensable pour le manipuler et plus tard pour le fixer sur le cheval.

 

Le dos du personnage est percé d'un trou où viendra se loger un piton placé dans la cape : cette dernière est très lourde, un renfort est prudent !

Ce piton permettra de monter et de démonter aisément la cape en la repositionnant exactement au même endroit, son sommet venant se caler contre le col en fourrure.

Montage à blanc pour vérifier que tout se positionne bien : la cape doit aussi reposer sur la croupe du cheval !

 

Les plus attentifs auront observé  qu'il manque un élément important sur les photos précédentes : le tapis de selle ! Je lui ai réservé un sort particulier décrit plus loin dans l'article. Pour l'instant, place à la peinture.

La peinture ...

 

Cette figurine dégage une impression inquiétante, avec cet énorme frison, cette grande cape qui s'envole dans le vent, ce sabre sur l'épaule ... Imaginez-vous croiser un tel personnage et vous retrouver aux pieds de son cheval ...

 

Pour renforcer cette impression, une décoration très sombre m'a paru la mieux adaptée.

 

 

 

Le cavalier

Pour commencer, les traditionnelles sous-couches colorées à la peinture Humbrol bien diluée. L'extérieur de la cape est peint en bleu nuit, tandis que l'intérieur est traité en marron. La cape est alors collée en place : avec ces bases sombres, les zones que le pinceau ne pourra plus atteindre seront totalement indétectables.

 

A noter que le fourreau du sabre est mis en place avant le collage de la cape. Après, ce serait presque impossible !

Je commence par les parties métalliques, particulièrement abondantes sur ce personnage. Une armure couleur acier, agrémentée de quelques pièces dorées.

 

Méthode classique, à base de poudres métalliques, de peinture à l'huile et de liquin.

 

Après un premier passage, le résultat n'est pas très spectaculaire : ça ressemble assez peu à du métal et il reste à intensifier les ombres et les lumières. Pas de panique, c'est normal à ce stade !

Pendant que ça sèche tranquillement, on peut s'intéresser aux parties environnantes : la tunique et les pièces de fourrure notamment.

Retour sur l'armure pour intensifier les ombres et les lumières. Sur la photo qui suit, le buste est en cours : des jus de peinture viennent accentuer les creux et assombrir les zones peu éclairées. Au contraire, de l'encre presque pure est posée sur les reliefs.

On s'approche du résultat souhaité ...

La cape est traitée dans le même temps, couleur taupe à l'intérieur (un marron avec une pointe de violet) et en bleu sombre à l'extérieur (bleu indigo ombré à la TOB et au noir d'ivoire, éclairé au jaune de Naples et au blanc de titane). 

Enfin, le sabre est en place ! Il reste encore pas mal de retouches, mais on approche du but ; quelques photos sous des angles différents avant de changer de sujet ...

Le cheval

Le cheval est un frison. Et un frison, c'est noir, avec souvent des reflets brillants.

 

J'ai préparé plusieurs couleurs sur la palette, dans l'ordre suivant :

  1.    Noir d'ivoire + TOB à 50/50 + violet de Bayeux + pointe d'indigo
  2.    1 + Noir d'ivoire + Indigo
  3.    1 + TSB à 50/50 - Cette couleur sera la base
  4.    3 + jaune de Naples + violet de Bayeux
  5.    4 + blanc de titane
  6.    5 + blanc de titane

 

Et c'est parti pour un long travail, la bête est imposante, il y a de la surface ! On commence par définir les grandes zones d'ombres et de lumières, puis on revient patiemment sur les détails, à plusieurs reprises si nécessaire (et c'est nécessaire !)

Vue de détail à ce stade

Petite progression sur la robe. Et début du travail sur les parties métalliques.

Et on continue. Cette fois le tapis de selle est en place mais reste à terminer. Et sur le cheval il y a encore beaucoup de boulot : des lavis pour nuancer, des glacis localisés, du "poil à poil" pour travailler le pelage ...

Enfin terminé ! Le casque, le mord et les rênes ont été préparés séparément.

Retour sur le tapis de selle

Composé de deux pièces symétriques, le tapis de selle d'origine est richement décoré d'une multitude de motifs gravés. Le sculpteur s'est manifestement bien amusé !

Pour le peintre, c'est moins amusant ... Il est difficile d'obtenir un rendu bien propre avec ce genre de motifs, sur lesquels le pinceau dérape en permanence. Et puis, c'est un tapis : il n'y a pas de raison que les dessins présentent un relief aussi prononcé. 

 

Alors, après quelques d'hésitations, j'ai choisi de tout supprimer ... Un travail assez délicat, avec de petits rifloirs, des limes, du papier à poncer, en prenant garde de ne pas amocher la frange qui borde le tapis. Impossible par contre (en tout cas pour moi !) de ménager le passepoil : il a totalement disparu dans l'affaire. Pas très grave, il suffira de le refaire à l'aide d'un fil de cuivre torsadé collé à la cyano.

 

Voici le résultat obtenu, avec déjà la couleur de base.

 

C'est bien joli de supprimer toute la gravure, encore fallait-il au préalable trouver un motif de remplacement ! Après quelques recherches sur les ordres de chevalerie européens (http://lorl.free.fr/ordlist.htm), le symbole de l'Ordre du Dragon s'est imposé tout naturellement. Jugez plutôt : créé en 1408 par Sigismond du Luxembourg, l'Ordre du Dragon était dédié à la défense de la Croix face à ses ennemis. En 1431, Vlad Dracul rejoint l'Ordre ... Bingo !

 

L'insigne de l'ordre était composé d'un dragon à la queue enroulée autour du cou. Sur le dos du dragon, de la base du cou à la queue, la croix de Saint-Georges. L'ensemble surmonté d'une croix rouge symbolisant la victoire du Christ sur les forces du mal. On trouve diverses représentations de ce symbole, assez concordantes, dont celle-ci :

 

Reste donc à reproduire ce dessin à main levée de chaque côté du tapis de selle.

Tout d'abord, mettre en place le contour du motif avec un pinceau fin et de l'ocre jaune un peu dilué.

 

Cette mise en place est sans doute la partie la plus délicate du travail. J'ai procédé à quelques essais sur une feuille de papier, après y avoir préalablement dessiné à l'échelle le contour du tapis de selle.

 

Bien entendu, le motif est inversé entre les deux côtés du tapis.

L'étape suivante consiste à remplir le dessin avec de la peinture légèrement diluée. Tout est peint dans le frais : avec un bon pinceau, il n'y a aucun problème de débordement.

 

Le travail des ombres et des lumières peut être commencé dès ce stade, mais nécessitera d'être repris après séchage.

 

Le dessin terminé laisse de larges zones vierges de toute décoration. J'ajoute donc un motif de croisillons en losange sur l'ensemble de la surface.

 

Lorsque le tout est bien sec (compter deux bonnes semaines en cas de séchage à l'air libre, le jaune prenant tout son temps ...), le dessin est "intégré" dans le tissu à l'aide de plusieurs lavis de peinture.

 

Le tapis est alors fixé en place. Du vernis mat viendra parachever l'ensemble après un temps de séchage. La frange et le passepoil seront peaufinés lorsque le cavalier aura rejoint sa monture.

Et c'est la fin, enfin !

L'assemblage final ne pose aucune difficulté. Tout d'abord, coller le décor et le cheval sur son socle. Pour cette pièce, j'ai demandé un socle sur mesure à l'ami Jean-Jacques. Comme d'habitude, superbe, jugez plutôt : 

Le cheval en place, il reste à emboîter le cavalier, après avoir garni le piton de fixation et son logement d'une bonne dose d'araldite.

 

Dernière bricole, fixer les éperons et mettre en place les étriers ...  sans amocher la peinture aux alentours !

 

Après quelques ultimes ajustements, c'est terminé. Place aux photos finish.

Et bien des difficultés pour prendre des photos (à peine) correctes de cette grosse pièce dans mon petit "studio" plutôt conçu pour des figurines d'une taille plus modeste.

Entre la première photo prise à l'ouverture de la boîte et la dernière, il s'est écoulé plus de 3 mois.

 

Cette pièce impressionnante nécessite un travail important, tant pour la préparation qui doit être soignée pour éviter les ennuis en phase finale, que pour la décoration.

 

Si vous l'avez dans votre armée grise, je vous recommande de vous armer de patience avant de vous y attaquer.

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Commentaires : 3
  • #1

    lamouline69 (mercredi, 18 décembre 2013 11:05)

    superbe travail....je suis fan

  • #2

    Duck (mercredi, 18 décembre 2013 12:00)

    Bonjour JFP, je ne me lasse pas de prendre note de tes mélanges, surtout pour la cape.
    Bravo pour cet ensemble harmonieux et cohérent.
    Cordialement.

  • #3

    Masclet Didier (mardi, 31 décembre 2013 18:42)

    Bonsoir Jean François,
    Je vois que vous avez apporté quelques changements à la présentation de votre site "ET" bonheur... vous avez également réussi à photographier l'ami Dracul, contrairement aux doutes que vous m'aviez confiés lors de notre conversation à Sèvres. Pièce dont je ne me lasse pas d'admirer ! Bonne fête de fin d'année et à l'année prochaine. Amicalement. Didier.