Sir Francis Drake

 

 

 

Francis Drake sur le Hoe à Plymouth
Francis Drake sur le Hoe à Plymouth

Né en 1542 dans le Devon, Francis Drake fut tour à tour trafiquant d'esclaves entre l'Afrique et le Nouveau Monde, pirate avant d'être corsaire, et surtout explorateur, puisqu'il reste le premier Anglais, ayant l'accord de la reine Élisabeth 1ère, à faire un voyage autour du monde, entre 1577 et 1580.

 

L'expédition, composée initialement de 5 navires et de 164 hommes, part de Plymouth. Francis Drake embarque à bord du Pelican, qu'il rebaptisera le Golden Hind lors d'une escale en Amérique du Sud en 1578.  Le 20 août 1578, il aborde le détroit de Magellan. Au sud de la Terre de Feu, le passage de Drake, ouvert en 1616, lui rend aujourd'hui hommage.

 

Le voyage se poursuit jusqu'au Nord de la côte du Pacifique, à la recherche du passage du Nord-Ouest, avant d'accoster en Californie, dont Drake prend possession sous le nom de Nouvelle Albion.

 

Après avoir traversé le Pacifique jusqu'à l'ile de Java en 1579, Drake passe sous l'Afrique pour rentrer en Angleterre en septembre 1580. Il est anobli par la reine Elisabeth en 1581, qui le fera amiral.

 

Il continue de s'illustrer dans la guerre navale entre l'Angleterre et l'Espagne, notamment lors de la bataille navale de Gravelines, pour sauver son pays de l'Invincible Armada (1588), où il s'empare notamment du vaisseau amiral espagnol.

Alexandros Models nous propose cette représentation de Francis Drake, sculptée par Angel Terol en 75 mm.

 

Gravure et fonderie sont de bonne qualité. Le montage ne pose pas de difficultés notables, seules quelques petites retouches de mastic sont nécessaires pour fignoler les ajustements.

 

Il est à souligner que la pièce est fournie avec le décor présentée sur la photographie de la boîte, ce qui constitue un "plus" indiscutable pour la mise en scène du personnage. En refaisant quelques éléments, il sera possible de réagencer l'ensemble pour resserrer la composition tout en personnalisant la pièce. 

La personnalisation viendra surtout du choix des couleurs utilisées. Le version de la boîte a été peinte par l'ami Alex Cortina, dont ne présente plus le talent. 

 

En recherchant dans ma bibliothèque, puis sur Internet, j'ai trouvé le portrait ci-contre de Drake. Il s'agit d'un tableau d'un maître du 16ème siècle, Marcus Gheeraerts le jeune, né d'un artiste flamand réfugié en Angleterre. Peintre de la cour des Tudor, c'était le portraitiste à la mode à la fin du règne d'Elisabeth 1ère.

 

Ce portrait est daté comme postérieur à 1590, soit peu avant la mort de Drake en 1596 (il n'avait que 54 ans). Le visage de la figurine paraît bien plus jeune, mais qu'importe ! C'est la composition qui m'intéresse ici : le visage et la main sont en pleine lumière, alors que le buste et les bras du personnage restent dans l'ombre. Impossible à reproduire en 3 dimensions, mais belle source d'inspiration quand même.

 

L'idée est trouvée ... Au travail !!!

Le décor

Comme mentionné en introduction, la composition peut être resserrée autour du personnage. Pour ce faire, une fois la figurine assemblée, le décor a été reconstruit autour du personnage. Le socle est un cube en olivier de 50 mm fabriqué spécialement par Mustang, merci à lui !.

 

Les contraintes sont les suivantes :

  • le pied gauche est légèrement surélevé : une marche sera donc nécessaire ; la partie d'écoutille et son caillebotis fournis dans la boîte font parfaitement l'affaire après découpage ; un petit coffrage est réalisé en carte plastique pour fermer l'arrière en bordure du socle.
  • la main gauche doit reposer sur quelque chose (en tout cas à mon avis, mais la garder en l'air peut donner un certain effet de mouvement - A chacun de choisir, n'est-ce-pas Alain !). Placer la main sur le cabillot central permet de reculer le personnage derrière le ratelier.
  • enfin, le morceau de pont : la courbure de la pièce en plomb fournie me semble très (trop) accentuée ; j'ai donc choisi donc de refaire le pont en carte plastique.

Voici le résultat, avec le personnage en place. Tout s'ajuste bien ... mais ce n'est pas tout à fait par hasard !

 

Le ratelier de cabillots a été refait en contre-plaqué de modélisme, les cabillots tournés dans un rondin de bois. Quand aux cordages :

  • du fil de cuivre recuit (donc très souple) pour ceux qui sont enroulées autour des cabillots. Pour faciliter les choses, chaque cordage est en plusieurs morceaux : celui de gauche par exemple, en comporte 3. La mise en forme nécessite un peu d'attention pour obtenir un effet réaliste
  • et du fil d'acier (très rigide) pour ceux qui partent vers le haut. Ils sont pliés en partie basse et pénètrent dans le bois du ratelier pour que leur fixation soit solide (voir le petit trou sur la quatrième photo ci-dessus).

 

 

Le travail préparatoire se termine avec la couche de base : toujours le bon vieux Humbrol gris mat 28, en trois couches bien fines. La cuirasse, qui sera en métal sombre, est quant à elle peinte en noir mat 85.

 

Le personnage est monté en quasi totalité : seules l'épée et la dague seront fixées plus tard. Par contre tous les cordages restent amovibles à ce stade.

Le montage ne pose pas de problème, on peut se référer aux nombreuses photos du site de la marque pour voir la pièce terminée sous tous les angles.

 

Voici cependant quelques gros plans pour ceux qui se poseraient des questions sur le positionnement de certaines petites pièces :

  • la garde de l'épée, avec 2 petites pièces à mettre en forme avant collage,
  • un morceau de sangle qui complète la suspension du fourreau de la rapière,
  • et le positionnement de la dague à l'arrière.

Mise en couleurs !

 

 

Première approche des tonalités finales à l'aide de peinture Humbrol et de jus de peinture à l'huile préparés sur la palette.

 

L'ébauche se poursuit sur l'ensemble de la pièce. Voici les mélanges composés à ce stade ; ces couleurs seront utilisées lors de toutes les étapes ultérieures.

 

La cuirasse métallique est traitée avec un mélange d'encre d'imprimerie argenté, largement additionnée de peinture à l'huile noir d'ivoire et d'un peu de bleu indigo. Le but est d'obtenir un métal très sombre avec quelques reflets brillants.

 

Les ornements dorés de la cuirasse sont traités à l'encre métallique dorée, mélangée à de la terre d'ombre brûlée et du noir de bougie. Les lumières seront apportées ultérieurement, par des touches d'encre presque pure mélangée à du liquin.

 

Les manches sont peintes avec plusieurs lavis successifs de Brun Van Dyck pour souligner les creux de la gravure de ce tissu gaufré. Du noir de bougie est ajouté dans les zones ombrées.

 

La cotte rouge sombre est obtenue par un mélange de rouge de cadmium, de violet de Bayeux et de noir de bougie.

 

Pour les crevées :

  • les parties internes sont en brun Van Dyck ombré au noir de bougie et éclairé au jaune de Naples ;
  • le rose des bandes extérieures est à base de violet de Bayeux, cassé avec une pointe d'ocre jaune :
    • ombres en ajoutant du noir d'ivoire et du bleu indigo ;
    • éclairies en ajoutant du jaune de Naples et du blanc de titane.

Les bottes sont peintes à la terre d'ombre brûlée additionnée de noir d'ivoire et d'une pointe de violet pour les ombres, et d'orange de cadmium pour les lumières.

Après séchage de l'étape précédente, le travail peut se poursuivre :

 

Un lavis sombre (violet + noir) est passé sur la cotte afin d'accentuer les creux de la gravure, puis toutes les parties en relief sont reprises en rouge. Pour rester dans l'harmonie souhaitée, les éclairages restent très modérés.

 

Même principe pour les manches : après un lavis de brun Van Dyck sur l'ensemble de la surface, un petit temps d'évaporation du diluant, les lignes sont reprises une à une, en plaçant des éclats de lumière sur les plis en relief.

 

Reprise complète également des parties sombres des crevées, selon le même principe que pour les manches.

 

Pour les bottes, passage d'un lavis de terre d'ombre brûlée et de bleu indigo pour refroidir la couleur précédente.

 

Et enfin, début de la fraise (l'ornement de dentelle porté au cou). Cette fraise aura une grande importance pour mettre en valeur le visage. Le mélange est composé de gris de Payne et de blanc de titane. Presque pas de fondu pour dynamiser le plissage.

 

A ce stade, le visage et les gants ne sont toujours pas commencés

 

Suite des bottes, sur lesquelles est effectué un important travail de texture pour obtenir un aspect de cuir usé et craquelé. Mais sans trop d'éclairage ... pour ne pas détourner l'attention !

 

Et début des gants, qui seront en cuir de couleur claire. Mélange à base de noir de bougie, de brun Van Dyck, d'ocre jaune pâle, de jaune de Naples et de blanc de titane.

Le visage ... enfin ! La gravure est belle et l'affaire se présente bien.

 

La palette est tout à fait classique :

  • une base de terre d'ombre brûlée et de terre de Sienne brûlée à parts égales ;
  • à cette base, j'ajoute du bleu indigo pour une première ombre
  • à cette ombre, j'ajoute du noir d'ivoire et une pointe de violet pour une seconde ombre plus profonde
  • pour les lumières j'ajoute à la base de départ une pointe d'ocre d'or, puis du blanc de titane en 3 étapes, ainsi qu'une pointe de jaune de chrome.

L'ensemble est assez terne pour obtenir un teint un peu balfard.

 

Une petite pointe d'écarlate de cadmium sera fondu sur les pommettes.

 

L'intérieur de la bouche est peint en rouge sombre ; les lèvres en ajoutant un peu de rouge à la première lumière de la carnation. Une pointe de blanc pur suggérera un reflet d'humidité sur la lèvre inférieure

 

Les dents seront peintes avec un mélange de gris de Payne et de blanc de titane. 

 

Les cheveux et la barbe sont traités avec les couleurs composées pour la carnation : l'ombre la plus profonde écalirée directement avec la lumière la plus vive.

 

Enfin, les yeux sont l'occasion de jouer du pinceau pointu en ombrant le balnc, en plaçant les pupilles et des reflets dans les iris ... et le fameux petit point blanc !

 

Voici le visage après la première phase du travail (2 bonnes heures). Bien brillant ! Il n'a pas la peau grasse, mais c'est pas sec ...  

 

Une journée de patience avant de corriger les petits défauts et de fignoler en apportant des nuances supplémentaires.  

 

Les défauts ? Les spécialistes les auront repérés tout de suite, les débutants pas forcément. En voici quelques uns, vous ne verrez plus qu'eux ensuite :

  • le dessous de la lèvre supérieure est trop sombre, presque noir ;
  • l'arête du nez est trop claire
  • l'oreille trop grise
  • les soucils pas assez ombrés
  • idem pour les paupières inférieures, et il y a une petite tâche dans le coin de celle de droite
  • le reflet dans l'oeil de droite trop gros et mal placé
  • un éclat de lumière sur les dents serait le bienvenu

L'appareil numérique est un allié précieux ...

 

Pendant que le personnage sèche, et pour se lâcher un peu, la peinture du décor.

 

L'ébauche :

  • Les parties claires (les planches du pont et les cordage) ont été peintes en Humbrol beige clair mat n° 63 coupé de gris mat 28
  • Les parties sombres (l'écoutille et le ratelier de cabillots) en Humbrol brun foncé n° 98

 

Sur ces bases, il suffit de passer des lavis composés de peinture sombre (en gros noir de bougie, violet de Bayeux, brun Van Duck, terre d'ombre brûlée, mélangés un peu aléatoirement sur la palette) pour obtenir quelque chose qui ressemble à du bois. Puis éclairer les arêtes (jaune de Naples, blanc de titane), placer des érafures, nuancer encore un peu, et ... c'est du bois !

 

Pour les cordages, c'est encore plus simple : un simple jus de terre d'ombre brûlée suffit à faire ressortir les reliefs des torsades. Et on dirait de la corde.

 

Après séchage, les cordages sont fixés à la colle blanche (colle à bois diluée dans un peu d'eau). Un vieux truc de maquettiste pour les pare-brises et autres verrières, qui évite les marques brillantes qui trahissent souvent l'emploi de la cyano.

 

Voici le résultat de ce petit moment de détente.

 

 

L'épée et la dague sont collées en place puis peintes. On procède alors à une inspection méticuleuse de l'ensemble pour les dernières finitions.

 

Et c'est enfin le moment des photos finales, avec un éclairage approprié pour bien restituer l'ambiance recherchée.

Et sous tous les angles ...

Et pour terminer cette page, le visage en gros plan, puisque le but avoué était aussi de réaliser un portrait ...

En conclusion, je me suis bien amusé sur cette figurine, (heureusement d'ailleurs !). Tant pour la construction du décor (même si celui-ci m'a donné pas mal de fil à retordre !) que pour la mise en couleurs, finalement toute simple mais assez bien dans les tons des peintres du 16ème-17ème. Une expérience à renouveler lorsque s'en présentera l'occasion !

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Commentaires : 2
  • #1

    mund.p (dimanche, 06 janvier 2013 22:34)

    que dire devant une telle piece , les tons employes sont sublimes, bref je ne serais pas original en disant que j adore cette piece mais je le dit quand meme...
    encore bravo jp

  • #2

    bono (lundi, 07 janvier 2013 13:56)

    Effectivement que de défauts !!!! le jour ou mes figurines auront les défauts des tiennes alors les poules auront des dents.... soyons clair, cette pièce est très belle et tu l'as très bien traité. j'adore le résultat, l'harmonie des couleurs, le visage, ce regard ferme et déterminé, qui ne souffre d'aucune contestations... Non sérieux une très belle pièce. BRAVO.