Hannibal Barca

 

Toujours dans la saga des personnages célèbres de l'Antiquité, voici Hannibal Barca, le plus grand ennemi de Rome ! Commençons donc par un peu d'histoire

 

 

Hannibal Barca (en phénicien Hanni-baal signifie « qui a la faveur de Baal » et Barca, « foudre »), est né en 247 av. J.-C. à Carthage (au nord-est de l'actuelle Tunis en Tunisie) et mort par suicide en 183 av. J.-C. en Bithynie (près de l’actuelle Bursa en Turquie).

Général et homme politique carthaginois, il est considéré comme l’un des plus grands tacticiens militaires de l’histoire.

 

Fils aîné du général Hamilcar Barca, il grandit durant une période de tension dans le bassin méditerranéen, alors que Rome commence à imposer sa puissance en Méditerranée occidentale. Élevé, selon la tradition historiographique latine, dans la haine de Rome, il est, selon ses ennemis, à l’origine de la Deuxième Guerre punique que les Anciens appelaient d’ailleurs « guerre d’Hannibal ».

Scipion l'africain
Scipion l'africain

À la fin de l’année 218, il quitte l’Espagne avec son armée et traverse les Pyrénées puis les Alpes pour gagner le nord de l’Italie. Sans parvenir à prendre Rome, il maintient une armée en Italie durant plus d’une décennie. 

 

L'épopée guerrière s'achève en Numidie, en 201, par la bataille de Zama, où Hannibal est vaincu par l'armée romaine menée par un autre personnage célèbre, Scipion l'africain.

Agé de 46 ans, il prend alors part à la vie politique carthaginoise, avant de s'exiler en Asie, se mettant au service d'autres ennemis de Rome. En 183, menacé d’être livré aux romains, il choisit de se donner la mort en avalant du poison.

 

Longtemps après sa mort, le nom d’Hannibal continuera de perpétuer symboliquement le spectre d’une menace sur la République romaine. Pendant des générations, les matrones romaines continuent à raconter à leurs enfants des contes effrayants quand ils se comportent mal. Hannibal symbolise tellement l’horreur que, quel que soit le désastre qui survient, les sénateurs romains hurlent Hannibal ad portas (Hannibal est à nos portes !) afin d’exprimer leur anxiété. Hannibal est à l’origine de la plus grande peur que Rome ait jamais éprouvée face à l’un de ses ennemis.

Dans le même temps, Rome adopte des éléments de la tactique militaire d'Hannibal. Cet héritage lui confère une réputation forte dans le monde contemporain et il est considéré comme un grand stratège par des militaires tels que Napoléon et le duc de Wellington.

 

 

 

La traversée des Alpes, en 218, est l'un des épisodes les plus célèbres de l'épopée de l'armée d'Hannibal et de ses éléphants de guerre.

Les éléphants étaient fréquents et importants dans les armées de l'époque.

Il semble qu'Hannibal en possédait assez peu et qu'ils soient presque tous morts au court de cette traversée périlleuse. En tout cas ils sont restés célèbres jusque dans l'imagerie populaire.

 

 

Voici qui nous ramène à la figurine : l'illustration de la boîte nous montre Hannibal porteur d'un crochet, révélateur que l'éléphant n'est pas loin !

 

 

 

Préparation et montage de la pièce

Au travail, ouvrons la boîte !

Le personnage est constitué de 8 pièces en plomb. Dans le dos, il porte une peau de bête, une peau de lion selon la notice explicative. Un tout petit lion, alors ! J’opterai pour un autre félin, plus petit et plus tacheté !

Un morceau de feuille de plomb figure également à l’inventaire. Un peu surprenant, si ce n’est que le patron de Art Girona m’avait averti que Laruccia a commis … une erreur ! Eh oui, tout arrive ! Il a oublié de représenter le baudrier du glaive sur l’épaule droite d’Hannibal. Le morceau de plomb permet d’y remédier. Nul n’est parfait !

 

 

Je passe à la préparation habituelle de chaque pièce : élimination de la trace du joint de coulée, ponçage, polissage à la laine d’acier 000.

Après avoir percé les jambes sur une profondeur de 2 cm environ, j’y place une tige métallique de 1 mm, collée à la colle Araldite. Et je commence le montage. J’assemble tout d’abord deux parties principales : du haut en bas

-     Le cimier, le casque, la tête, les épaules avec la cape et le bras droit. Une tige métallique, logée dans le cou, traverse les épaules ; elle viendra se loger dans le buste pour consolider le montage ; le positionnement du bras doit être très précis, puisque la main va venir se loger dans une petite cavité de la partie inférieure.

 

-     Le buste avec les jambes, le bras gauche et le glaive. Je place un piton de renfort au niveau de chaque assemblage, ainsi que dans les jambes

Après un nettoyage soigneux des deux sous-ensembles (produit à vaisselle et brosse à dents usagée) , je passe une fine couche de peinture Humbrol gris mat 28. Voici ce que ça donne

 

Une première présentation à blanc me permet de vérifier si tout s’ajuste correctement. Comme je le pensais, un raccord de mastic sera nécessaire, surtout sur le bras gauche, où la fourrure ne recouvre pas suffisamment les ptéruges (voir la photo centrale).

 

Rien de bien grave, mais je trouve toujours ch... de faire un raccord de mastic alors que la peinture est déjà bien engagée. Pour ne pas prendre de risque, je choisis de monter totalement la figurine avant de commencer à peindre. Oui, mais lorsque la pièce sera assemblée, le dos et la partie intérieure de la fourrure seront très peu accessibles ...

Je commence donc par passer mes sous-couches colorées, à la peinture Humbrol bien diluée au White Spirit. Les parties hors de portée du pinceau après montage seront par définition très obscures et très peu visibles ; des sous-couches sombres sont suffisantes.

Puis j’assemble les deux parties de la figurine, par un solide collage à l’Araldite. Je fais mes raccords au Milliput, en sculptant la fourrure à la pointe d’une aiguille, c’est très facile.

 Et je termine alors mes sous-couches colorées. Et voilà, cette fois-ci, c’est impeccable !

 

 

 

 

Le décor

Dernier petit travail préparatoire : ébaucher le sol. C’est plus facile lorsque la figurine peut être manipulée sans crainte d’abimer la peinture :

 

- avec une pointe à tracer, je commence par rayer la surface du socle pour améliorer l’adhésion ;

- après avoir repéré le meilleur angle de vision du personnage, je perce les deux trous de 2 mm dans lesquels viendront ses loger les pitons qui prolongent les jambes ;

- j’obture provisoirement ces trous avec des cure-dents et je place une bonne boulette de Milliput sur le socle, je la mets en forme grossièrement puis l’enlève les cure-dents ;

- et enfin j’imprime les marques des pieds dans le Milliput frais

 

9 janvier 2010 : Passons à la suite

 

L’action est sensée se situer dans les Alpes (le crochet à éléphant, souvenez-vous !). Un décor enneigé était possible, mais je craignais que la blancheur de la neige ne nuise à la mise en valeur de la pièce.

J’ai donc opté pour un paysage rocailleux, de tonalités sombres, avec des rochers et juste un peu de mousse et de lichens. L’ensemble est modelé en milliput. Des rochers sont ajoutés au fur et à mesure de la composition, leur sculpture est « dynamisée » au scalpel après séchage. Quelques éléments végétaux et du flocage sont fixés à la colle blanche diluée. Enfin, l’ensemble est peint grossièrement, la finition sera effectuée lorsque la figurine sera en place.

La progression de l'affaire en 4 images

La peinture

 

Enfin, la peinture !

 

Pour optimiser les temps de séchage (et l'utilisation de mon four), j'ai travaillé simultanéement toutes les zones de la pièce.

 

Le pas à pas qui suit n'est donc pas chronologique. Il décrit successivement la peinture des différentes parties de la figurine. 

 

Les parties métalliques

 

Les parties métalliques sont nombreuses sur cette pièce. Hannibal est en campagne, pas question d'une cuirasse cliquante et bien astiquée.

 

Pour commencer, j'ai donc peint l'ensemble dans un bronze sombre, obtenu par le mélange suivant :

- poudre métallique Eclador, nuance "Or riche" liée avec un peu de liquin

- terre d'ombre brûlée 

- bleu indigo

 

Pour obtenir la couleur sombre souhaitée, il y a peu de poudre dans le mélange. Les lumières s'obtiennent en incorporant un peu plus de poudre, les ombres en n'en mettant pas du tout. Les fondus se font comme avec de la peinture à l'huile pure.

 

Après séchage, j'éclaire les motifs sculptées (superbes !) pour les mettre en valeur. Il suffit d'augmenter la proportion de poudre.

 

Après un nouveau séchage, je reviens avec des jus. En faisant varier les proportions de TOB et d'indigo, le mélange tire sur le marron, le bleu ou le vert sombre, ce qui permet d'apporter de multiples nuances.

 

La dernière étape consiste à apporter les lumières finales en posant de la poudre pure liée au liquin.

 

 

Les cuirs

 

Les ptéruges représentent l'essentiel des parties en cuir de la pièce. J'ai choisi une couleur de cuir naturel foncé. Le mélange utilise beaucoup de couleurs pour introduire autant de nuances. En gros :

- Base : Brun Van Dick + TOB + pointe de violet de Bayeux

- Ombres : Base + pointe de noir d'ivoire + pointe de bleu indigo

- Lumière 1 : un peu de base + Light red Winsor

- Lumière 2 : lumière 1 + jaune de chrome foncé

- Lumière 2 : lumière 2 + blanc de titane

- Pointes de lumière finales au blanc de titane pur

 

Palette du cuir des ptéruges
Palette du cuir des ptéruges

 

Sur la couche de base Humbrol, je commence par appliquer un jus d'ombre sur toute la surface pour bien pénétrer l'ombre au fond de la gravure.

 

Après un petit temps de séchage, je peins l'ensemble en traitant les grands volumes d'ombre et de lumière. Puis je fais sécher au four.

 

Et ensuite je reviens méticuleusement sur toute la surface en fignolant les détails. Plusieurs passage, avec séchages intermédiaires, sont nécessaires. Je travaille soit avec de la peinture pure, soit en jus, pour accentuer les contrastes et améliorer la lisibilité des plis, j'ajoute des éraflures ... C'est un travail assez long, opéré un peu au feeling jusqu'à obtenir un résutat réaliste.

 

Quelques images pour illustrer

 

La tunique

 

La tunique sera blanche, écrue plus exactement.

 

Sur la palette, je prépare tout d'abord l'ombre : Brun Van Dyck + Gris de Payne + une bonne pointe d'ocre jaune pâle

 

Puis j'éclaire progressivement en ajoutant du blanc à quatre reprises. 

Palette de la tunique
Palette de la tunique

 

La tunique peinte figure sur la dernière photo de la série précédente sur les cuirs.

 

Comme toujours avec le blanc, il faut partir assez sombre, en conservant une "lumière de réserve" pour les éclairages finaux. La sensation de blanc viendra  du contraste entre les différents niveaux de gris.

 

 

Le cimier et les cuirs rouges

Ma palette de rouge figure sur la photo ci-dessous. Du plus sombre au plus clair, elle est composée de :

- Bleu indigo

- Terre d'ombre brulée

- Rouge de cadmium foncé WN

- Ecarlate de cadmium WN

- Jaune de chrome foncé LB

- Et une petite pointe de vert anglais n° 2 (tout en bas de la photo)

 

Ce vert est la couleur complémentaire du rouge. Ajouté au mélange, il permet d'obtenir un rouge moins saturé (moins "pétant").

La palette des différents rouges utilisés
La palette des différents rouges utilisés

 

Le cimier est traité en 2 temps :

- un premier passage dans une couleur un peu plus sombre que le résultat souhaité ; les ombres sont à base de bleu indigo, donc de nuances de violet ; la peinture est un peu diluée au WS pour bien pénétrer au fond de la gravure ;

- après séchage, une deuxième couche de peinture avec des éclairages plus prononcés, allant jusqu'au jaune presque pur.

 

Le fourreau du glaive et son baudrier sont peints dans une autre nuance de rouge. Pour l'ombre, j'utilise cette fois-ci de la TOB, et j'obtiens donc des nuances de marron rougeâtre.

 

Le pantalon

Le patalon est traité en ocre rouge, avec la palette suivante, toujours composée de l'ombre vers la lumière :

- Ombre : TSB + Brun Van Dyck

- Base : ombre + Light Red WN

- Lumière 1 : base + jaune de chrome foncé LB

- Lumière 2 : lumière 1 + blanc de titane

La palette du pantalon
La palette du pantalon

 

Sur les photos ci-dessous, voir aussi les jambières, dont les parties métalliques sont bordées par des pièces de cuir cousues.

 

Je commence par les peindre dans une couleur beige clair.

 

Lorsque c'est sec, je reviens avec un jus en marron sombre qui s'écoule naturellement dans le fond de la gravure. Les marques de couture apparaissent immédiatement.

 

Il ne reste qu'à rehausser les angles éclairés au blanc presque pur et le tour est joué !

 

La peau de panthère

La notice fournie avec la figurine propose une peau de lion. Cette peau m'a paru bien petite pour être celle d'un lion, et plus proche de la taille de celle d'un léopard, dont la fourrure était également très prisée à l'époque d'Hannibal.

 

Alors pourquoi se priver du plaisir de faire des tâches ?

 

 

 

Comment passer de l'image 1 à l'image 2 ?

 

Ce n'est pas si compliqué avec un peu de méthode. Ce morceau de bravoure méritait un article dans la rubrique "le coin technique" du site. C'est ici.

 

Enfin, l'intérieur de la peau est traité dans une couleur assez proche de la couleur chair du personnage, en ajoutant un peu de Brun Van Dyck

 

 

 

 

Et la peau ... d'Hannibal !

J'ai gardé cette partie sans difficulté pour la fin. La palette est la suivante :

- Ombre 1 : TOB + TSB

- Ombre 2 (plus sombre que la précédente) : ombre 1 + pointe de bleu indigo

- Base : ombre 1 + ocre d'or

- Lumières 1, 2 et 3 : base + blanc de titane, ajouté à 3 reprises

La palette de la peau
La palette de la peau

 

Un exemple de peinture d'un visage figure dans le coin technique : ici.

Voici le résultat sur Hannibal.

 

 

 

 

Et la pièce terminée

 

Il ne reste qu'à coller solidement la figurine sur son socle (colle de type Araldite). Un petit raccord de Milliput au niveau des pieds, la finition de la peinture du décor, un dernier tour d'horizon pour traquer les derniers défauts, et c'est terminé.

 

La figurine sous tous les angles

 

Hannibal a rejoint les Alpes. Il désormais trôner en vainqueur ... dans sa vitrine, en attendant, peut être, un éventuel Scipion, si Art Girona et A. Laruccia veulent bien nous faire ce plaisir ! 

 

Et si vous voulez commenter ce pas à pas détaillé, je vous laisse maintenant la parole

Commentaires : 5
  • #5

    Duck (vendredi, 27 février 2015 18:43)

    Bonjour Jean-François, je viens d'acquérir cette figurine et j'ai pu constater que le défaut que tu mentionnais a disparu, en effet la sangle de maintien du glaive est bien posée sur l'épaule droite.
    J'apprécie beaucoup ta manière d'aborder cette période et les teintes employées permettent des contrastes tout en harmonie sans ostentation superflue.
    Ton travail inspire ma façon de procéder et la difficulté ainsi que l'intérêt, est de rechercher une autre approche sans copier.
    Au plaisir.
    J.

  • #4

    mund.p (vendredi, 22 janvier 2010 20:21)

    formidable,toujours une tres belle peinture jfp
    j adore specialement la peau de leopard ,superbe rendu
    comme d habitude les bras m en tombent
    bravo a jfp

  • #3

    franckww1 (mardi, 12 janvier 2010 10:27)

    Trés belle figurine (bravo art girona) et trés belle peinture à bientôt JFP !!!!

  • #2

    Youcef B (dimanche, 10 janvier 2010 20:37)

    encore une pièce superbe et merci pour le pas à pas très instructif.Merci

    A quelle échelle est cette figurine ?

  • #1

    gwen (samedi, 09 janvier 2010 16:52)

    superbe travail !
    merci pour les conseils
    Voilà qui donne envie de le commencer immediatement sous peu ...