Centurion romain

 

 

 

 

Adriano Laruccia n'en est pas à son premier centurion. En voici un nouveau, en la personne de Quintus Sertocius Festus, de la Légion XI Claudia Pia Fidelis. Nous sommes vers 50 après JC.

 

Il s'agit de la première pièce réalisée par le maestro italien pour la marque Alexandros Models, dirigée par le sympathique Alexandre Cortina, bien connu sur le circuit des concours de figurines.

 

Comme à son habitude, c'est Alex lui-même qui s'est chargé de la réalisation du box-art, dans une version très colorée, avec en particulier une cape qui attire immédiatement le regard par sa couleur bleu vif et la richesse de sa décoration.

 

Pour la petite histoire, cette figurine m'a accroché au premier regard, sur le téléphone portable d'Alex, alors que la peinture du box-art était encore en cours. J'ai ainsi bénéficié d'un pré-tirage de la pièce en avance de sa commercialisation ... et je me suis précipité dans l'atelier !

 

Coïncidence (ou pas !), Osprey a publié dans la série Men-at-Arms, le numéro 479 consacré aux centurions depuis le début de l'ère chrétienne jusqu'à la fin de l'empire. Et qui figure au centre de la couverture ? Sertocius Festus ! Par Giuseppe Rava, illustrateur bien connu des amateurs de l'Antiquité.

 

Sans être identiques, la figurine et l'illustration présentent de grandes similitudes : la cuirasse d'écailles, la cape portée sur le bras, la canne en bois, les phalères ... Somme toute un équipement fort classique pour un centurion. Mais Laruccia a su donner au personnage une attitude décontractée très originale, et un visage particulièrement expressif, avec un sourire en coin un peu narquois. Deux atouts indiscutables pour appeler le pinceau des amateurs de l'époque.

On ouvre la boîte et c'est parti !

Dans la boîte, on découvre une dizaine de pièces présentées sur la photo ci-contre. La gravure de Adriano Laruccia est encore une fois superbe. Encore une fois, car ses pièces se succèdent et on est à chaque fois étonné de ce que cet homme arrive à faire. Un travail d’orfèvre !

 

La fonderie se révèle de grande qualité. Quelques discrètes lignes de joint sont néanmoins à éliminer. Avec prudence : attention à la gravure ! Puis tous les éléments sont polis à la laine d’acier n° 000. La partie la moins plaisante (et la plus salissante) de la préparation s’achève donc rapidement. 

 

Il reste à percer les trous destinés à recevoir les tiges métalliques qui seront mises en place pour consolider les assemblages. On peut alors passer au montage proprement dit. La cape, enroulée sur le bras, nécessitera un peu d’attention … et de mastic pour peaufiner les raccords. Une transformation toute simple serait d’ailleurs de ne pas la mettre en place, cette cape. Ceci nécessiterait simplement de remplacer le glaive, moulé d’un seul tenant avec la partie basse de la cape. Avis aux amateurs, rien de bien compliqué.

 

Dernier point concernant le cimier : j’ai jugé prudent de remplacer la petite tige de plomb d’origine par un piton de même diamètre en acier.

 

La figurine est donc entièrement assemblée avant de commencer la décoration ; seule la main droite sera conservée à part en raison de la relative fragilité de la canne.

Traditionnelle couche de base à la peinture Humbrol gris mat n° 28 : 3 couches bien diluées au WS pour ne pas empâter la gravure. Les photos qui suivent montrent le résultat obtenu à ce stade. Le gros plan permet d'apprécier l’expression du visage et la finesse de la gravure : regardez les phalères, c'est diabolique !

 

 

Je commence la préparation des parties métalliques par une base Humbrol de couleur sombre : noir mat n° 85 pour les pièces en acier, marron mat n° 98 pour les parties dorées.

 

Comme pour l’apprêt gris précédent, la peinture est diluée au WS jusqu’à avoir une consistance laiteuse. Elle coule ainsi sans effort au fond des creux de la gravure. Deux passages, avec un séchage intermédiaire, seront nécessaires. 

 

Je poursuis par une mise en couleurs rapide de l’ensemble du personnage, dans des tonalités chaudes variant entre le rouge vif et le marron.

On sort les tubes de peinture à l'huile

En fait, je les ai déjà sortis, mais l'appareil photo était resté au placard !

Les parties métalliques

Les photos ci-dessus présentent en effet le début de la réalisation des parties métalliques, traitées avec des encres d’imprimerie mélangées à de la peinture à l’huile et du liquin.

 

Encore une fois, sur des détails d’une telle finesse, la principale difficulté est ne pas empâter la gravure. Il est  donc préférable de travailler avec des « jus » successifs. Pour le premier passage, je dilue mon mélange au WS pour qu’il coule bien partout.

 

A ce stade je me contente de définir les grandes zones d’ombre et de lumière : 

  • pour les ombres, il suffit d’incorporer plus de peinture sombre (TOB ou noir de bougie par exemple) au mélange ; 
  • et pour les lumières … mettre moins de peinture ! Le tout se prépare au pinceau sur la palette pendant l’application. 

Après séchage de cette ébauche, le travail va se poursuivre en intensifiant progressivement les zones d'ombres et de lumières et en apportant des nuances. Les photos qui suivent sont prises en cours de réalisation, c'est très loin d'être terminé !

La cape

La base Humbrol est un mélange de rouge et de noir conduisant à un ton de rouille assez sombre. La couleur finale ne va pas s’en écarter beaucoup. Les mélanges sont préparés sur la palette à partir des couleurs suivantes : 

  • pour la base, du rouge de cadmium foncé (LB) et du rouge de cadmium moyen (R), à parts égales, avec une pointe de vert pour casser (le vert étant la couleur complémentaire du rouge)
  • pour les ombres, j’ajoute du rouge de cadmium foncé, puis du noir d’ivoire (R)
  • et pour les lumières, j’ajoute du jaune de Naples (OH), une couleur assez terne qui va permettre de poser des lumières modérées. 

 

Comme le montre la photo, j’obtiens sur la palette un dégradé de 6 niveaux de rouge, allant du « presque noir » à l’orangé. 

 

 

Il ne reste qu’à faire passer une petite quantité de ces mélanges sur la figurine. Résultat sur les photos qui suivent. Bien brillant, car pas sec !

Les contrastes restent volontairement modérés : j'ai pris l'option de ne pas donner trop de présence visuelle à cette cape. Alex a manifestement fait un choix différent lorsqu’il a peint le box-art !

 

Après séchage je rajouterai néanmoins quelques lumières au sommet des plis les plus exposés.

Les cuirs

L’armure de notre centurion est garnie de ptéruges (les lanières de cuir qui pendent à la taille et sur épaules). Comme le graveur a soigné son travail, le détail des coutures sont bien représentés. Il ne reste au peintre qu’à les mettre en valeur. 

 

Sur la base Humbrol n° 186 de départ, j’ai commencé par passer deux ou trois lavis de TOB ; les creux de la gravure sont immédiatement soulignés.

 

 

Puis je prépare ma palette de couleurs (photo 19) :

  • pour la base, de la TSB et de l’ocre d’or (R)
  • pour les ombres, j’ajoute progressivement du brun Van Dick (R) puis du noir de bougie
  • pour les lumières, je rajoute de l’ocre d’or puis du blanc de titane (S).

 

Et j’obtiens ainsi 5 niveaux de lumières.

Un premier passage permet d’ébaucher les ombres et les lumières. 

 

Cette ébauche restera à peaufiner après séchage, pour améliorer la lisibilité des détails. Pour cela, deux méthodes conjuguées :

  • d’une part, approfondir les ombres en passant des lavis de peinture sombre qui va se fixer dans les creux de la gravure,
  • d’autre part, éclairer les angles exposés avec des lumières vives, allant jusqu’au blanc presque pur ; pour un travail fin et précis, la peinture est un peu étendue au WS, pour avoir une consistance crémeuse, sans être liquide.

Ces opérations seront répétées à plusieurs reprises jusqu’à obtention d’un contraste suffisant (et là, c’est une affaire de goût !). Les photos suivantes sont prises en cours de réalisation de ce travail.

Pour terminer, quelques jus très liquides (en fait du WS coloré) permettront d’apporter de légères nuances localisées (du violet, du rouge, du vert ou du bleu, tout est possible ; là aussi au goût de chacun, mais en restant très subtil).

 

Les lanières de cuir qui lient les phalères sont traitées de la même manière que les ptéruges, dans une nuance de marron différente.

Le cimier

Impressionnant ce cimier ! Avec plusieurs épaisseurs de plumes superposées. Là encore, j’ai choisi du rouge, mais radicalement différent de celui de la cape :

  • pour la base, du rouge de cadmium clair et de l’écarlate de cadmium, à part égale ; pas de vert cette fois-ci pour conserver une couleur plus vive ; 
  • pour les ombres, j’ajoute de la TOB (WN) et une pointe de violet de Bayeux (LB) ;
  • et pour les lumières, j’augmente la proportion d’écarlate de cadmium, puis j’ajoute du jaune de Chrome foncé (WN), qui est en fait un orangé bien soutenu. 

 

Je commence par définir les grandes zones d’ombre et de lumière en découpant de façon imaginaire la couronne de plumes en trois secteurs différents : 

  • la partie centrale est peinte en couleur sombre,
  • la partie extérieure en couleur claire, 
  • et la partie intermédiaire en couleur … intermédiaire !

En raison de l’inclinaison du cimier, la partie arrière reste globalement plus sombre que la partie frontale.

 

Puis je fonds les couleurs aux limites de ses secteurs pour obtenir un dégradé régulier. Il faut ensuite revenir méticuleusement sur les creux et les reliefs de chaque plume, en ombrant les premiers et en éclairant les seconds.

Après séchage, le rendu est plutôt terne (voir photo ci-dessous). Le travail devra donc être poursuivi pour accentuer encore les contrastes, en poil à poil (si on peut dire, s’agissant de plumes …)  

 

 

 

Les photos qui suivent illustrent la progression du travail sur l’ensemble de la pièce : 

 

  • finition des écailles de la cuirasse et des parties métalliques : des jus sombres pour accentuer les creux et quelques lumières vives ici et là avec juste de l’encre mélangée à du liquin. Avec prudence et précision ! 

  • finition des parties en cuir selon les méthodes décrites plus haut ;

  • pendant ce temps la cape a séché ; elle est maintenant bien matte : quelques glacis pour accentuer les contrastes (mais pas trop !) et un travail de mise en valeur des franges de la partie basse (même principe que pour les cuirs).

La carnation

La fin approche … mais il reste encore la carnation.

 

Mélange on ne peut plus classique de TOB, TSB, ocre d’or et blanc de titane. Une pointe de bleu indigo pour les ombres les plus profondes et c’est parti !

 

 

L’éclairage du visage mérite de l’attention en raison de l’inclinaison de la tête et de l’expression du personnage.

 

Quant à la main droite, placée sous la cape, l’accès n’est pas des plus aisés. Mais en s’appliquant, on arrive malgré tout à peindre les ongles ! Et pour la main gauche, c’est beaucoup plus facile.

 

 

Une vue plus rapprochée du visage sur lequel il reste encore un peu de travail ...

Le décor

Une simple mise en situation est suffisante pour mettre en valeur cette belle figurine.

 

La base en plomb fournie dans la boîte représente un sol dallé. Intéressant ! Mais pas de chance : elle est ronde et trop grande pour mon petit socle carré. Donc je taille la pièce à la pince coupante, je la colle sur le socle et je comble les vides au milliput en copiant le style de la gravure d’origine. Pour des pavés, j’arrive à faire aussi bien que A. Laruccia ... C’est déjà ça ! 

 

Deux trous pour loger les tiges de fixation de la pièce dans le socle, encore un peu de Milliput pour parfaire l’ajustement des pieds sur le sol, quelques herbes pour animer l’arrière-plan et voilà. 

 

 

Evidemment tout ceci a été réalisé avant de commencer la peinture du personnage pour éviter les manipulations hasardeuses (et je n'ai pas pris de photos ...). 

 

Quelques couleurs pour terminer : afin d’accentuer l’effet de lumière sur le personnage, j’ai fortement éclairé l’avant du décor en laissant l’arrière dans l’ombre. 

 

Et voilà, l'aventure se termine avec la fixation de la pièce sur son socle.

 

Alors que Quintus a rejoint sa vitrine, j'espère que la toute nouvelle collaboration entre A Laruccia et Alexandros Models se poursuivra par d'autres pièces de la même veine.

 

Sur la base d'un sujet archi-connu, un centurion romain, ils ont réussi à nous proposer une figurine qui sort vraiment des sentiers battus.

 

C'est une pièce que j'ai tout particulièrement appréciée pour son originalité et la qualité de sa réalisation. Je vous la recommande chaudement, à vos pinceaux !

 

 

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Commentaires : 3
  • #1

    bono (samedi, 14 décembre 2013 13:38)

    Superbe pièce, traitée de façon magistrale, mais là aussi c'est pas une surprise ;)

    BRAVO Jean-François.

  • #2

    Sallin Baud-Bovy (vendredi, 27 décembre 2013 16:41)

    Que dire devant tant de talent ?
    Et dire que j'ai la prétention de commencer la peinture à l'huile.
    Enfin, en Savoie, il y a toujours de la place en forêt, et ont cherche des bûcherons.
    Pierre

  • #3

    Duck (jeudi, 30 janvier 2014 13:19)

    Bonjour JFP, en consultant le catalogue de la marque productrice de cette pièce je me suis dit que je l'avais déjà vue quelque part; en effet, ici je l'admire modifiée et parfaitement réalisée.
    J'avoue être véritablement tenté par l'Antiquité, au regard de ta magnifique galerie qui est inspiratrice de projets.
    Au plaisir!