Alexandre Le Grand

Après avoir terminé Darius III, (c'est ici), voici Alexandre Le Grand.

 

La mosaïque ci-dessus, universellement connue comme "La bataille d'Alexandre" a été découverte à Pompéi en 1831. D'environ 6 m sur 3, elle est datée de la fin du deuxième siècle avant JC. Elle est exposée aujourd'hui au musée de Naples. Elle représente Alexandre Le Grand, (sur la gauche, à cheval) aux prises avec Darius, roi de Perse (sur la droite dans son char).

 

L'empire perse était alors le plus vaste du monde, s'étendant du Nord de la Grèce aux limites de l'Inde actuelle, en passant par l'Egypte. Lorsque Alexandre entreprit sa conquête du monde, Darius se trouva immédiatement sur son chemin. Il se livrent bataille une première fois, en -333 en Cilicie (au Sud de la Turquie actuelle). Alexandre réussit à disperser les perses et à approcher Darius avec une partie de ses troupes. C'est cet instant qui est représenté sur la mosaïque.

Ci-contre, un détail de la mosaïque où figure Alexandre, juché sur son célèbre cheval, Bucéphale.

 

Un cheval auquel Philippe II de Macédoine avait renoncé car il lui semblait indomptable. Il en fit donc cadeau à son fils Alexandre, à la condition qu'il parvienne à le dompter. Alexandre remarque que le cheval a peur de son ombre (d'où l'expression "cheval ombrageux" ...) et réussit à le dompter en le plaçant face au soleil le temps de l'apprivoiser. Après cela, Bucéphale n'accepte d'être monté que par Alexandre. 

 

Devenu roi, c'est en chevauchant Bucéphale qu'Alexandre conduira sa cavalerie dans toutes les batailles qui les mèneront de la Grèce jusqu'à l'Inde. A la mort du cheval, Alexandre en fait un dieu, et fonde sur son tombeau la ville de Bucéphalie, actuelle Phalia au Pakistan. On voit sur certaines monnaies des successeurs d'Alexandre le dieu Bucéphale comme un cheval cornu, les cornes étant un symbole de divinité dans l'Orient ancien.

 

 

Montage et création du cheval

Alexandre

 

La figurine ci-contre est une ancienne référence de la défunte marque Soldiers, réalisée par Adriano Laruccia. Une pièce difficile à trouver aujourd'hui, mais grâce à la gentillesse d'un camarade belge, me voici en sa possession. Merci Michel !

 

Pour que Alexandre s'accorde bien avec Darius qui pose devant son char, un minimum de mise en scène serait de bon ton. Et pour cela, quoi de mieux que Bucéphale ! Un peu de bricolage en perspective ... 

 

La préparation de la pièce ne pose aucune difficulté. La fonderie est impeccable (c'est du Soldiers de la meilleure époque). Deux éléments de décor (une bannière et un bouclier) sont généreusement fournis dans la boîte.

 

Seule petite modification, j'ai ajouté 2 plumes confectionnées en feuille de plomb pour agrémenter le casque que Alexandre tient dans sa main gauche.

 

Quelques images de la pièce sous-couchée avec mon inévitable gris mat Humbrol 28. Le "décor" est aussi simpliste que d'habitude : un sol en Milliput recouvert de petits graviers, avec une touffe d'herbe. Les empreintes des pieds ont été réservées.

Bucéphale

 

 

Cette gravure, signée Angus Mac Bride, est extraite de l'Osprey Campain 7 : "Alexander 334-323 BC - Conquest of the Persian Empire" (John Warry). 

 

 

 

Elle représente Alexandre juché sur son cheval. Bonne source d'inspiration, sauf pour la robe de Bucéphale qui était noire selon toutes les sources que j'ai consultées.

 

 

 

N'oublions pas non plus que les chevaux de l'époque étaient nettement moins grands que ceux d'aujourd'hui : 1,30 m à 1,40 m au garrot. Voir par exemple la mosaïque ci-contre, conservée au musée national romain (Palais Massimo alle Terme) à Rome.

 

J'ai donc besoin d'un "petit" cheval. En fouillant dans mon stock, je déniche un officier de chevau-légers de chez METAL MODELES (MM148). Le cheval piaffe en levant l'une de ses jambes. Qu'ils sont beaux les chevaux de MM ...

 

 

Et comme ils sont à une échelle légèrement inférieure à celle des personnages de A Laruccia, j'obtiendrai un petit cheval. Voilà qui fera parfaitement l'affaire, après quelques "adaptations" ! Ames sensibles s'abstenir : que monsieur Bruno Leibovitz et les aficionados de MM me pardonnent les images qui suivent ...  

Car ce malheureux cheval va subir un traitement de choc pour tenir sur mon traditionnel socle carré de 40 mm de côté, près de son maître Alexandre...

 

Après l'assemblage des 2 demi-corps et l'encolure, l'affaire s'engage par un grand coup de scie pour ne conserver que la partie avant. La jambe qui repose au sol est creusée sur toute sa longueur pour recevoir une longue tige métallique. La sellerie et le harnachement sont éliminés. L'intérieur du corps du cheval est rempli au mastic (Milliput Terracotta) et le garrot est reconstitué.

 

Après ce traitement de choc, le pauvre animal n'a pas vraiment fière d'allure ... Mais pas découragement, il faut continuer !

 

 

En guise de selle, Bucéphale porte une peau de panthère. Après avoir réalisé un patron en papier, je découpe deux morceaux de feuille de plomb de 0,8 mm que je colle en place. Elle serviront de base à la peau qui va suivre.

 

Au passage, quelques retouches de mastic sont effectuées sur la tête pour reconstituer les volumes qui ont souffert ; la saignée pratiquée dans la jambe est obturée de la même manière.

 

 

Suite de la peau de panthère :

  • Une bonne boulette de milliput yellow-grey est étendue au rouleau en une feuille d'environ 0,5 mm d'épaisseur ;
  • Cette feuille est collée sur le plomb préalablement humidifiée au pinceau (l'eau suffira à assurer le collage du Milliput sur le plomb) ;
  • Elle est immédiatement gravée dans le frais à l'aide d'une aiguille montée sur un manche de pinceau. Commencer cette gravure par le bas pour assurer le bon recouvrement des poils de la fourrure.

 

 

Le harnachement est reconstitué en feuille de plomb de 0,3 mm. Les disques sont réalisés avec deux emporte-pièces de 1 et 2 mm de diamètre. Le mors, bien particulier, m'a donné du fil à retordre (...) pour obtenir un résultat crédible. Pas facile à cette échelle !

 

La schabraque est terminée par une tête de panthère qui sera de couleur dorée (c'est Alexandre le Grand quand même !). Cette tête est obtenue par un contre moulage au Milliput d'un exemplaire présent sur une autre figurine de mon armée grise.

 

Enfin le toupet est mis en place et la crinière est complétée au mastic.

 

 

 

Le bricolage est terminé. J'obtiens un demi-cheval qui me semble digne de Bucéphale. Il reste à opérer un bon dégraissage de l'ensemble au produit à vaisselle et à la brosse à dent (maniée avec précaution !). Puis passer une première couche de peinture Humbrol gris mat 28 bien diluée pour détecter les dernières pétouilles de mastic. Enfin deux autres couches, toujours bien diluées au WS, viennent homogénéiser l'ensemble.  

Les deux ensemble !

Bucéphale rejoint Alexandre sur le socle. Ils font tous les deux grise mine, mais la composition est intéressante et originale, même si elle est destinée à être vue de face. L'affaire se présente plutôt bien !

Mise en couleurs

Alexandre

Commençons par les traditionnelles sous-couches colorées qui permettent de se faire une petite idée du rendu final. A ce stade, la cape reste amovible !

On enlève donc la cape qui va être peinte séparément, on sort les tubes de peinture à l'huile et on passe aux choses sérieuses (si on peut dire !).

 

Tout d'abord la tunique, de couleur parme, obtenu avec un mélange de :

  • base : violet d'Egypte + rouge carmin
  • ombres : base + TOB + noir d'ivoire
  • lumières : base + blanc de titane + pointe de jaunes Naples.

Le tout doit être à la fois assez clair et assez contrasté, surtout les plis dans les manches.

 

 

Puis les ptéruges, qui seront de cuir blanc. La couleur est à base de gris de Payne et de blanc de titane, avec une pointe de TOB et un peu de noir d'ivoire dans les ombres. Un travail de texture à la pointe du pinceau permet de reproduire l'aspect du cuir en simulant des plis et craquelures. L'effet doit rester léger, Alexandre est sensé porter une tenue en parfait état ! 

Plusieurs autres petites choses au passage :

  • La partie haute du linothorax a été peinte en violet, en ménageant la petite tête de Méduse qui s'y trouve reproduite ;
  • La partie de cuirasse en écailles métalliques a reçu une première couche d'encre métallique bien diluée pour ne pas empâter la gravure ;
  • Et la ceinture en tissu a été peinte en vert pâle.

Bref, ça avance un peu partout en même temps !

 

 

Le travail se poursuit (de manière à peine perceptible au premier coup d'oeil !) :

  • la ceinture a reçu sa couleur verte définitive, composée de jaune d'aurore et d'une pointe de bleu indigo. Un peu de TOB pour les ombres et du blanc de titane pour les lumières ;
  • la tête de Méduse se précise peu à peu ; que c'est petit ...

 

 

Suite des ptéruges, qui sont décorées 2 ou 3 lignes de couleur verte et rouge. Pas facile d'obtenir un rendu bien net : ces lignes sont gravées en léger relief qui n'est pas aussi régulier qu'on pourrait le souhaiter. Il va donc falloir reprendre, lorsque ce sera bien sec pour ne pas polluer le blanc.

 

Les épaulières sont également délicates à décorer : la partie centrale est de la même couleur violette que le linothorax ; elle est bordée de blanc ; enfin une fine pièce de cuir rouge vient encadrer l'ensemble. La peinture est légèrement étendue à l'essence de pétrole pour se poser plus précisément. Et un pinceau bien pointu est indispensable ... 

 

Evidemment, l'arrière du personnage, qui sera totalement masqué par la cape, peut faire l'économie de tout ce travail, c'est déjà ça !

 

 

Justement, mise en place de la cape qui a été ébauchée séparément dans une couleur un peu plus rosée que celle de la tunique. Elle est en deux parties mais s'ajuste sans difficulté sur le personnage ; un tout petit raccord de mastic suffit pour combler un léger écart sur l'épaule gauche. 

 

 

Le moment est enfin venu de "faire la peau d'Alexandre" ! Mélange tout à fait classique, tel qu'expliqué sur cette page. Sur les photos qui suivent, la peinture vient juste d'être posée ; elle est donc très brillante. Les contrastes devront être accentués après un temps de séchage. 

 

Le casque est mis en place. Petite amélioration par rapport à la pièce de base : deux plumes sont ajoutées, ce qui rajoute un peu de légèreté et de dynamisme à l'ensemble. Voir ici la fabrication de ce type de plumes.

 

 A ce stade, Alexandre est prêt à rejoindre son socle pour les dernières finitions ... 

Bucéphale

Avant toute chose, j'ai ajouté un réseau de veines en léger relief : elles sont réalisées au Milliput dilué dans de l'eau jusqu'à avoir une consistance crémeuse puis posé au pinceau. Ceci donne au cheval une allure plus nerveuse. 

 

Nous avons vu que Bucéphale était noir et qu'il portait une peau de panthère. Les sous couches colorées sont posées en conséquence, ce qui lui donne déjà un peu plus d'allure. Les veines apparaissent légèrement peu sur les photos qui suivent.

 

 

La robe du cheval reçoit alors une fine couche de noir d'ivoire agrémenté d'une pointe de rouge de cadmium foncé, le tout bien dilué à l'essence de pétrole. On obtient ainsi un beau noir, homogène et mat, qui fera une bonne base pour la suite.

 

La peau de panthère est ébauchée : l'épine dorsale est un peu sombre, les bordures sont blanches et les zones intermédiaires jaune tirent sur le beige. Sur les photos qui suivent, la couleur est un peu trop jaune et devra être corrigée.

 

 

La robe du cheval ... Prévoir d'y passer un certain temps, même s'il n'y a ici qu'un "demi-cheval". Les mélanges sont  simples :

  • base : noir d'ivoire + une pointe de rouge de cadmium foncé
  • ombres : base + une pointe de bleu indigo
  • lumières : base + blanc

La technique consiste à empâter au maximum à la peinture épaisse :

  • on pose un gros pâté de peinture et on l'étale grossièrement en gardant un peu d'épaisseur (ne pas "tirer" comme on le fait habituellement) ;
  • puis on imprime le relief des poils à coups de brosse.
  • les ombres, les lumières et les reflets sont posés simultanément.

Le travail se fait dans le frais, sachant que la peinture met 2 ou 3 jours à sécher que compte-tenu de son épaisseur. Il est plus facile de poser des lumières bien localisées lorsque la peinture a commencé à durcir.

 

Le résultat juste à la fin de la première séance de travail. C'est donc encore très brillant.

 

 

Passons à la peau de panthère. Tout d'abord, se procurer une bonne photo pour voir l'agencement des tâches. Celle qui suit est idéale.

 

 

Je commence par reprendre la couleur de fond de la fourrure, un peu trop jaune. Et j'ajoute une zone un peu plus sombre sur la partie centrale des pattes.

 

 

Les taches sont dessinées comme expliqué en détail sur cette page, en deux étapes :

  • tout d'abord le pourtour des ocelles, à partir d'un mélange sombre de noir d'ivoire et de TOB ; c'est le plus long !
  • puis l'intérieur des ocelles, avec un mélange plus clair de jaune de chrome foncé, de TOB et de TSB ; ici c'est très rapide.

La peinture est un peu diluée pour se poser à la pointe du pinceau. Les deux étapes sont enchaînées sans séchage pour que les deux couleurs se fondent naturellement. Avec du soin et un bon pinceau (Raphaël 000 court) on obtient un motif réaliste.

 

Les deux étapes en deux images. La peinture est toute fraîche donc très brillante ; ceci va rentrer dans l'ordre au bout de quelques heures de séchage.

La bannière

A l'arrière plan de la scène se trouve placé une bannière (un velixum pour parler romain ...). Elle porte une couronne de lauriers figurant en léger relief. J'ai choisi d'ajouter une tête de Méduse dans la partie centrale. Méduse, une des Gorgones de la mythologie grecque, à la chevelure entrelacée de serpents et dont le regard avait le pouvoir de pétrifier l'adversaire.

 

Pas de source historique à mentionner pour justifier ce choix mais un exercice de peinture sympathique.

Montage final

 

 

Après la mise en place des rênes, confectionnées en feuille de plomb, le cheval est collé en place à la colle Epoxy. Une petite palette en plastique est positionnée à l'arrière du socle pour empêcher l'animal de tourner pendant le temps de séchage de la colle, ce qui serait catastrophique car l'ajustement est très précis ...

Lorsque la colle est bien sèche, Alexandre rejoint Bucéphale sur le socle ; ça passe tout juste (la manche de la tunique est en contact avec la peau de panthère), mais ça passe !

 

Finitions de peinture sur les deux protagonistes, tout est relativement accessible.

 

Il ne reste qu'à mettre en place la bannière à l'arrière plan et le bouclier qui lui est adossé (un petit piton métallique fixe solidement ces deux éléments sur le décor).

 

Encore et encore des retouches et enfin le résultat. 

 

 

Et voilà, Alexandre rejoint Darius dans la vitrine ...

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Commentaires : 6
  • #1

    Duck (lundi, 09 mai 2016 19:55)

    L'excellence est au rendez-vous, un antagonisme parfait entre ces deux personnages, équilibres des présentations, l'un à le chariot, l'autre le cheval...

  • #2

    John (lundi, 09 mai 2016 21:28)

    Very beautiful painting but the horse seems to me small to compared with Alexander

  • #3

    JFP (mardi, 10 mai 2016 20:57)

    Merci Duck, ces deux-là ne pouvaient pas se blairer mais en figurine ils vont bien ensemble !

    @John : Thank's ; you're right, this horse isn't tall ... but not too small ! The horses of this time were smaller than their current congeners ; I have just added a pict to illustrate it.

  • #4

    miłosne rytuały (mardi, 13 décembre 2016 22:09)

    paunch

  • #5

    Erik (mercredi, 07 juin 2017 11:48)

    Terrible duo !
    Bien VU
    Peinture superbe

  • #6

    nimfomanki (lundi, 04 septembre 2017 18:02)

    Żoliborzem